Ne voulant pas passer pour un vieil aigri (les trois précédents
articles n’étaient pas des plus enthousiastes !), je vais
cette fois ci laisser un petit avis sur un film que
j’affectionne tout particulièrement. Il s’agit de
The host, véritable monument du cinéma fantastique
contemporain.
N'y allons pas par 4 chemins, The host s’est
imposé dès sa sortie comme une nouvelle référence du film de
monstre en nous proposant, entre autres, un gloumoute parmi les
plus beaux vus sur un écran. Soutenues par une animation incroyable
(le plan où le monstre se retourne sur lui même afin de chopper la
fillette ! ), de purs moments de tension et une réalisation dont la
virtuosité discrète –et toujours au service du récit- évoque
à plus d’un titre le cinéma de Steven Spielberg, les
(nombreuses) apparitions de la bête s'imposent comme de pures
scènes d'anthologie et, sans hésitation possible, les morceaux de
cinoche les plus excitants vus en 2006 (pourtant riche en morceaux
de choix tels que Fearless, Miami
Vice, Les fils de l’homme,
Munich, Le labyrinthe de Pan,
Black book ou Arrivederci amore
ciao). Que dire de la première apparition de la bestiole
(notez la variété de termes employés pour designer notre grosse
poiscaille !) si ce n'est qu'elle parvient même à surpasser en
termes de mise en scène l'attaque des Gyaos sur Shibuya dans le
Gamera 3, Revenge of Iris de Kaneko, c'est dire si
ça débourre ! Aussi, comment ne pas être conquis face à cette
inventivité de chaque instant, ce fourmillement d'idées qui prend
souvent forme via une multitude de petits détails bien sentis
comme, par exemple, la créature -née de la pollution- qui s'enfile,
avec délectation (comme s'il s'agissait d'une friandise), le
contenu du jerricane d'essence dans le gosier lorsque le clochard
l'asperge afin de la faire cramer. Je le répète à nouveau,
The host, c'est du bonheur en barre pour tout
amateur de films de streums ! Et ce malgré une poignée de CGI de
facture plutôt moyenne durant le final (je pense en particulier au
gloumoute en feu)...Ne chipotons pas, dans l'ensemble les gars de
The orphanage ont vraiment fait un boulot...monstre !
Mais The host ne se contente pas d'être un putain
de film de GROS monstre que l'on rangera sans sourcilier aux côtés
de Godzilla (celui de Honda pour les 2 du fond !),
King Kong (version 1933 et 2005... Guillermin ?
Connais pas !), Jaws ou Revenge of
Iris, si, si je vous assure... Le métrage de Bong Joon-Ho
se présente aussi comme un véritable "rollercoaster émotionnel"
(paye ton expression galvaudée !) qui, par ses incessantes ruptures
de ton, (comme dans la vraie vie dira t'on vite fait) implique le
spectateur comme rarement et nous fait aimer cette famille "tuyau
de poêle", ces losers magnifiques aussi attachants que drôles. Dans
The host, le comique et le tragique se lient de
façon miraculeuse, imprévisible et sans cesse surprenante. A ce
titre la scène qui suit la disparition de la petite fille fait
mon(s)tre d'une maîtrise impressionnante dans l'enchevêtrement
rires/larmes. Loin d'être une simple bouffonnerie, cette séquence
d'hystérie collective se révèle finalement poignante, l'humour
n'est pas là pour nous faire sortir de ce qui se déroule à l'écran
(et regarder tout ça de haut dans une attitude que l'on qualifiera
de cynique) mais au contraire pour nous impliquer d'avantage. Rire
pour s'empêcher de pleurer en quelque sorte.
Ce portrait de famille va de paire avec la charge politique menée
par Bong puisque le film nous montre un petit groupe de personnages
(qui semblent, à priori, complètement à la masse) faisant preuve de
solidarité, d'altruisme et de dépassement de soi (en ce qui
concerne le père de famille il s'agit d'une véritable quête
initiatique) dans un pays bouffé par l'individualisme forcené et la
soumission aux puissants. Plus que les USA (qui en prennent quand
même pour leur grade), Bong Joon-Ho dénonce surtout l'attitude
servile de la Corée vis à vis de ces derniers.
En résumé je dirais juste que The host est une
réussite totale, un "monster movie" tendu et jouissif qui parvient
à nous fait rire, pleurer, trembler et réfléchir sans qu'a aucun
moment les différents aspects ne s'annihilent mutuellement comme ça
aurait pu être le cas...Bref, un idéal de "blockbuster" fun et
intelligent aussi audacieux qu'habile dans son approche
particulière de différents genres.
L’ayant revu un nombre incalculable de fois depuis sa sortie
en salles, je peux l’affirmer haut et fort, The
host est LE chef d’œuvre du « nouveau cinéma
Coréen » et, probablement, un des plus beaux films sortis ces 10
dernières années.
Vivement le prochain film de Bong Joon-Ho (déjà responsable de
Memories of murder… Le meilleur « sérial
thriller » depuis Se7en ) !