Il faut bien l’admettre, le dernier Tsui Hark est une
nouvelle déception même s’il se révèle plus encourageant que
son échec précédent (Missing ou la rencontre entre
un mauvais drama torché à la DV et un sous frères Pang/ sous
Takashi Shimizu).
Le plus gênant est sans nul doute le partis pris cynique, à la base
même du scénario, dont Tsui Hark ne parvient pas à se dépêtrer
(l'histoire s'articule autour d'une jeune chercheuse ayant inventé
des patch de phéromones afin d'attirer les personnes de sexe
opposé). Le film, se voulant féministe (ce qui est guère étonnant
quand on connait la filmo de Tsui Sifu), fait même preuve d'une
étonnante complaisance cynique envers ses personnages féminins...
Difficile de trouver plus maladroit !
En plus d’être basé sur un pitch hautement casse gueule (ou
foireux, c’est au choix) et fort mal exploité (les
incohérences sont légion), le scénario de All about
women est surtout un bordel sans nom auquel Tsui ne
parvient jamais à donner un véritable sens. En cela on est loin de
The blade, Time and tide ou
Legend of Zu où l'impression de chaos (maîtrisé)
qui s'en dégageait était justifiée car au centre même de la
thématique de ces films. Ici l’aspect totalement foutraque et
décousu de la narration paraît injustifié, en résulte un récit
bourré de personnages souvent indiscernables (faute à une
caractérisation à la fois insuffisante et incohérente) et,
finalement, assez peu attachants (un comble pour une comédie
romantique !), sans oublier de nombreuses digressions inutiles (la
fille qui se paralyse dès qu’un homme la touche…Oui,
comme dans Black Mask 2 ! D’ailleurs ça
se révèle tout aussi gratuit que dans son film de catcheurs mutants
même si cela nous vaut, en début de métrage, une séquence de danse
burlesque plutôt bien découpée). Au rayon des -nombreux- défauts
qui parasitent All about women on passera vite
fait sur l’humour parfois limite beauf (on est bien loin
d’un Shanghai blues !) pour se pencher sur
son rythme très inégal. Le film, présentant ses différents
personnages sous la forme d'un montage parallèle assez vif car
dynamisé par quelques idées de mise en scène plutôt bienvenues (en
particulier les transitions d'un personnage à l'autre), démarre sur
les chapeaux de roue pour ensuite stagner et étirer plus que de
raison les séquences occupant toute la deuxième partie du métrage.
Même si tout n'est pas à jeter, la scène de la vente aux enchères
ainsi que le looooong climax se déroulant durant un concert de
pop/punk semblent s'éterniser et deviennent, par conséquent, plutôt
pénibles. Dommage car le film, contrairement au précédent échec du
maître, possède quelques qualités dont une véritable inventivité
formelle soutenue par une photo colorée aux teintes pastel
agréables à l'œil, ainsi que des cadres souvent bien composés
(ça change de Missing...Sur ce, j'arrête de
m'acharner, promis !).
Bien que cette vaste bouffonnerie ne raconte finalement pas grand
chose, Hark semble s'amuser derrière sa caméra et nous balance tout
un tas d'effets visuels rendant le métrage, fort heureusement, un
minimum ludique (à défaut d'être vraiment drôle). Certaines de ces
"expérimentations" semblent sortir tout droit de Time and
tide, mais contrairement au film précédemment cité, il
serait vain de chercher ici un sens dans la plupart de ces
coquetteries graphiques dont l'unique but semble être d'amplifier
le caractère résolument bouffon de ce qui se déroule à l'écran...
On a même droit à un plan en CGI où la caméra rentre dans une
canette de binouze en plein vol, laquelle (la canette, pas la
caméra) finira sa trajectoire en s'éclatant sur le visage d'une des
trois héroïnes du film.
De temps à autre, Tsui Hark parvient même à livrer quelques rares
séquences inspirées: On mentionnera un très court combat de boxe où
intervient, sous la forme d'un dessin animé, le célèbre corbeau de
Tsukasa Hojo, ainsi que l'arrivée -spectaculaire- d'une buisness
woman diablement sexy (Kitty Zhang) dans ses locaux, Laquelle
déclenche, involontairement, un véritable chaos parmi ses employés
de sexe masculin. Pour finir, il y'a aussi cette limousine fonçant
à toute allure sur des dizaines d'hommes (en tenue de mariés) qui
voltigent et s'écrasent sur la voiture lors une séquence renvoyant
aux délires cartoonesques de Stephen Chow (en moins réussi
cependant).
En résumé, le dernier film de Tsui Hark est loin des chefs
d'œuvre (Shanghai blues et Peking
opera blues) dont il se voudrait une version "moderne" et
s'avère très mineur dans la filmographie du maître de HK qui,
pourtant, fait preuve d'une expressivité visuelle pas toujours
justifiée et, par moments, maladroite (l'utilisation de CGI's d'un
autre âge) mais finalement assez encourageante compte tenu de son
précédent métrage. Espérons que pour la prochaine fois, Tsui Hark
ait un sujet à la hauteur de ses ambitions (si le Juge Ti avec Andy
Lau se confirme, on en doute pas !).
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