Martyr sur mon doigt !  posté le jeudi 04 septembre 2008 08:48

allaoui, jampanoï, laugier, martyrs, torture

Attention spoilers !

Il y'a quelques semaines, sur le forum de la revue Mad Movies, Rafik Djoumi disait:

"Maintenant, il faut reconnaître qu'il y a une thématique derrière tout ça. Il y a un sujet... enfin plutôt je crois un "wiki-sujet" né de quelques clics de souris."

 Je me suis fait exactement la même réflexion lorsqu' intervient la fameuse citation "Kubricko-Dreyerienne" et le carton final (j'ai aussi pouffé de rire en me disant "Punaise une demi heure de patator le roi de la patate pour ça ?!!!". En plus de ça, le propos est quand même un peu naïf et neu-neu (ça fait un peu délire d'ado gogoth, non ?).

Bref, la réflexion pseudo métaphysique ne va plus loin que le bout de son nez (je dirais même que ça fait "gadget"). Par conséquent, elle se révèle aussi creuse que prétentieuse et conclut le film sur une impression très négative... Dommage car la première moitié du métrage est plutôt réussie. Hormis la séquence de dialogue introduisant la "famille ricoré", les vingt premières minutes de Martyrs font preuve d'une véritable efficacité. La mise en scène, sèche et inspirée (d'ailleurs la photo aux teintes blanches/métalliques évoque pas mal l'excellent Ténèbres de Dario Argento, impression renforcée par quelques thèmes musicaux énervés rappelant l'œuvre des Goblins), souligne très bien la brutalité de ce qui se déroule sous nos yeux tout en se permettant quelques envolées graphiques qui ne font jamais tâche avec le reste (je pense en particulier aux très "Bloody Birdiennes" plumes du matelas qui voltigent dans la chambre ainsi qu'a ces centaines d'oiseaux s'envolant simultanément lorsque retentit un coup de feu). Au rayon des qualités, on signalera aussi l'interprétation habitée de Jampanaoï et, surtout, Allaoui (le reste du casting est nettement moins convaincant...Mais bon ça passe, on ne les voit pas trop et le film n'est pas des plus bavards), ainsi qu'un montage jouant assez habilement avec les différentes perceptions et temporalités (à ce titre, le flash back se concluant par Lucie adressant un "pardonne moi" à la créature est peut être la meilleure séquence du film... Du moins une des seules ayant réussi à un temps soit peu m'émouvoir). Après, les séquences d'attaque de "la créature" (qui sort tout droit d'un film de Balaguero) fonctionnent pas trop mal même si, a mon avis, elles n'égalent pas les gros morceaux de tension et de panique livrés par le cinéaste espagnol.

...Pour l'instant je ne parle que de la première moitié du film car dire qu'ensuite ça se gâte relève du doux euphémisme.

A partir du moment où Lucie se tranche la gorge, le film jusqu'ici brutal mais jamais trop complaisant vire au "torture porn" interminable (et visuellement nettement moins inspiré) ne véhiculant que deux sentiments: Le dégoût (lors de la scène dite des clous dans le crâne) et surtout l'ennui (durant tout le reste). Passée une séquence hyper didactique durant laquelle la "méchante" nous fait un petit cours sur les martyrs, Laugier se lance, pendant une demi heure (peut être un peu moins mais bon sang, que ça semble long !), dans un remake hardcore de la scène des baffes de Mon nom est personne (nan, je ne suis pas de mauvaise foi !). Bref, pendant que la jolie (qui ne va pas le rester longtemps) Anna se prenait des tartes en pleine poire, mon esprit divaguait, oubliant presque que j'étais au cinoche entrain de mater un morceau de pelloche... Et quand je tentais à nouveau de me concentrer sur le film, devinez quoi ? La petite Allaoui était encore entrain de se bouffer des patates ! Finalement, au bout de 354 torgnolles (y'en a surement plus, mais j'ai arrêté de compter là), Laugier réveille son public par une ellipse plutôt habile suivie d'un plan nous montrant l'héroïne écorchée vive...Et là, la seule chose qui m'est passée par la tête est: "Fichtre, il avait quand même un talent fou ce Lestang...Paix à son âme". Pour conclure son Guinea pig meets Bud Spencer, Laugier tente de justifier sa longue séquence de torture (qui n'est absolument pas gratuite, maaais non !) par une petite pichenette métaphysique type Kubrick revu et corrigé par Kévina, 13 ans fan de Tokio Hotel et Mylène Farmer (pas taper !) ...Et sabote définitivement un métrage qui, pourtant partait sur de bonnes bases...Snif !

...C'est donc ça le film qui révolutionne le cinéma d'horreur francophone ? Mmouais, Haute tension et (surtout) Clavaire ont encore de beaux jours devant eux... D'ailleurs l'aspect "love story poignante" que certains critiques (que je respecte) ont trouvé à Martyrs me semble bien plus probant dans le film de Du Welz (et même dans celui d'Aja tant qu'on y est...).

(Soit il faut que je me rachète des yeux, soit j'ai la sensibilité d'un bûcheron pété à la vodka mais, mis a part quelques amorces jamais réellement exploitées, je n'ai rien vu de tout ça dans Martyrs).

En fait le véritable problème du film de Laugier est que le statut de "victime" est nettement mieux traité, narrativement et visuellement parlant, que celui de "Martyr", ce qui, avouons le, pose un tantinet problème lorsque le métrage s'intitule...Martyrs !

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Tous les commentaires de l'article:
Martyr sur mon doigt !

  • Citation mailto

    dim 22 fév 2009 08:43

    Sympa la chronique ! :D