Ayant grandis ensemble dans un orphelinat Bo (Tsui Hark) et
Hung (Eric Tsang) se considèrent comme étant
frères. Cependant Hung, timide et effacé, ne parvient
pas à s'émanciper de Bo devenu gangster.
Obligé de faire de la prison, Bo demande à son
"frère" de s'occuper de ses deux petites amies. La situation
se complique quand Hung tombe amoureux d'une d'entre elle (Loletta
Lee) et que les deux femmes se rencontrent...
Mentor du mondialement célèbre Wong
Kar-Wai et membre de la nouvelle vague hong-kongaise (auprès
de Tsui Hark, Ann Hui, Kirk Wong, etc...), Patrick Tam est un grand
cinéaste, helàs, oublié voir ignoré. Il
faut avouer que mis à part une poignée de
métrages dont The sword (superbe remise en
question du wu xia-pian "héroique"), My heart is
that eternal rose (un des meilleurs "heroïc
bloodshed" jamais trournés) et désormais
Final victory,
nombre de ses films sont quasiment introuvables: On citera,
à titre d'exemple, Love massacre, son
giallo "argentoïen", qui a completement disparu de la
circulation (certains chanceux le possèdent en
VHS...Helàs, je n'en fait pas partie !). Mais parions que le
succès critique de son récent After this our
exile (le bonhomme, devenu entre temps professeur de
cinéma à Kuala Lumpur, n'avait pas
réalisé de film depuis plus de 17 ans) permettra de
nous faire découvrir le reste de sa filmo...Ce qui semble
bien parti étant donné la sortie il y'a quelques
mois, en DVD zone 3, de My heart is that eternal
rose ainsi que du film qui nous
intérésse, c'est à dire Final victory.
Comédie dramatique très légèrement
mâtinée de polar, Final victory se démarque par
son esthétique arty faite de cadrages originaux et
d'éclairages bigarrés. Bien qu'il puisse paraitre un
poil daté (on est en plein dans les 80's...Personellement
ça ne me dérange pas du tout), ce visuel
extrêmement travaillé montre à quel point le
style de Wong Kar-Wai doit énormément à celui
de Patrick Tam: Vignettes icôniques et figées,
fetichisme de l'objet (cigarette, chapeau vert porté par
Tsui Hark, intérieurs "pop" magnifiés, etc...), on
retrouve une grande partie de ce qui fera le charme de
l'esthétique "Wongienne". Au rayon des similitudes on
signalera l'utilisation d'une chanson pop (ici un morceau de canto
pop inconnu en occident) comme gimmick récurrent soulignant
la poignante love story entre Hung (Eric Tsang) et Mimi (Loletta
Lee). Leitmotiv que l'on retrouvera dans As tears go
by (avec la version cantonnaise de Take my breathe
away) ou ChungKing express (California
dreamin'). L'influence de Patrick Tam sur Wong Kar-Wai se
ressent aussi dans ces moments de poésie en apesanteur,
comme situés hors du temps. En témoigne cette
séquence magnifique où le timide Hung, assis dans une
décapotable filant à toute allure (enfin, une bagnole
dont le toit vient d'être arraché), sauve la vie de la
bien nommée Mimi (encerclée par des malfrats) en la
saisissant par la taille afin de la faire monter dans la voiture.
Difficile de ne pas être ému en voyant cet homme ayant
perdu toute confiance en lui (Hung a toujours évolué
dans l'ombre de Bo, son "frère" tout puissant) s'improviser
"héros" le temps d'une poignée de secondes pour
protéger la femme qu'il aime...Dit comme ça, cette
séquence peut paraître on ne peut plus banale mais la
caméra de Patrick Tam en fait un véritable moment de
grâce cinématographique n'ayant rien à envier
à la scène du baiser volé dans My
heart is that eternal rose.
Le scénario, signé Wong Kar-Wai (il s'agit du dernier
volet d'une série de scripts baptisés Trilogie de
la mafia dont le premier fut utilisé pour As
tears go by ), propose une intrigue plus "construite" et
linéaire que sur ChungKing express ou
Fallen angels même si, par moments, on
retrouve cette narration impressionniste constituée d'une
accumulation de petits moments décalés,
poétiques ou mélancoliques reliés de
façon plus ou moins ténue. Final victory oscille sans cesse entre
scènes dramatiques bourrées d'émotion (voir
les deux conclusions poignantes et dénuées de pathos)
et passages burlesques ou vaudevillesques typiquement hong-kongais
(on citera, entre autres, la série de braquages de banque
avortés). Une des nombreuses qualités de ce
Final victory est
sans conteste sa gallerie de personnages véritablement
attachants soutenus par une interprétation de haut niveau.
La palme revient, bien sûr à Eric Tsang drôle et
touchant dans son rôle de clown triste n'osant avouer son
amour à Mimi, la maîtresse de son" frère", par
peur des représailles de ce dernier. On signalera aussi une
très bonne prestation du génie Tsui Hark dans un
rôle de petit caid (costard blanc, chemise
déboutonnée chaîne en or, la totale !)
monté sur piles. Bien que très expressif, son jeu
diffère des pitreries (plutôt drôles au
demeurant) auxquelles il nous avait habitué dans
Roboforce ou Police
assassins...décidemment ce type sait tout faire
!
En résumé, une comédie dramatique au visuel
expressionniste très soigné,
bénéficiant d'excellents personnages
(interpétés avec talent) et s'achevant par un
final sobre et touchant qui nous
laisse une grosse boule dans la gorge. Bien que
réalisé par Patrick Tam , Final victory est vivement
conseillé aux amateurs de Wong Kar-Wai...Surtout ceux qui,
lassés de ses derniers métrages froids et redondants,
retrouveront, sans aucun doute, la fraîcheur et
l'énergie qui caractérisent ses plus beaux films.
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