Ode à Patriiiiick Tam: Final Victory  posté le lundi 28 juillet 2008 20:50

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Ayant grandis ensemble dans un orphelinat Bo (Tsui Hark) et Hung (Eric Tsang) se considèrent comme étant frères. Cependant Hung, timide et effacé, ne parvient pas à s'émanciper de Bo devenu gangster. Obligé de faire de la prison, Bo demande à son "frère" de s'occuper de ses deux petites amies. La situation se complique quand Hung tombe amoureux d'une d'entre elle (Loletta Lee) et que les deux femmes se rencontrent...

Mentor du mondialement célèbre Wong Kar-Wai et membre de la nouvelle vague hong-kongaise (auprès de Tsui Hark, Ann Hui, Kirk Wong, etc...), Patrick Tam est un grand cinéaste, helàs, oublié voir ignoré. Il faut avouer que mis à part une poignée de métrages dont The sword (superbe remise en question du wu xia-pian "héroique"), My heart is that eternal rose (un des meilleurs "heroïc bloodshed" jamais trournés) et désormais Final victory, nombre de ses films sont quasiment introuvables: On citera, à titre d'exemple, Love massacre, son giallo "argentoïen", qui a completement disparu de la circulation (certains chanceux le possèdent en VHS...Helàs, je n'en fait pas partie !). Mais parions que le succès critique de son récent After this our exile (le bonhomme, devenu entre temps professeur de cinéma à Kuala Lumpur, n'avait pas réalisé de film depuis plus de 17 ans) permettra de nous faire découvrir le reste de sa filmo...Ce qui semble bien parti étant donné la sortie il y'a quelques mois, en DVD zone 3, de My heart is that eternal rose ainsi que du film qui nous intérésse, c'est à dire Final victory.
Comédie dramatique très légèrement mâtinée de polar, Final victory se démarque par son esthétique arty faite de cadrages originaux et d'éclairages bigarrés. Bien qu'il puisse paraitre un poil daté (on est en plein dans les 80's...Personellement ça ne me dérange pas du tout), ce visuel extrêmement travaillé montre à quel point le style de Wong Kar-Wai doit énormément à celui de Patrick Tam: Vignettes icôniques et figées, fetichisme de l'objet (cigarette, chapeau vert porté par Tsui Hark, intérieurs "pop" magnifiés, etc...), on retrouve une grande partie de ce qui fera le charme de l'esthétique "Wongienne". Au rayon des similitudes on signalera l'utilisation d'une chanson pop (ici un morceau de canto pop inconnu en occident) comme gimmick récurrent soulignant la poignante love story entre Hung (Eric Tsang) et Mimi (Loletta Lee). Leitmotiv que l'on retrouvera dans As tears go by (avec la version cantonnaise de Take my breathe away) ou ChungKing express (California dreamin'). L'influence de Patrick Tam sur Wong Kar-Wai se ressent aussi dans ces moments de poésie en apesanteur, comme situés hors du temps. En témoigne cette séquence magnifique où le timide Hung, assis dans une décapotable filant à toute allure (enfin, une bagnole dont le toit vient d'être arraché), sauve la vie de la bien nommée Mimi (encerclée par des malfrats) en la saisissant par la taille afin de la faire monter dans la voiture. Difficile de ne pas être ému en voyant cet homme ayant perdu toute confiance en lui (Hung a toujours évolué dans l'ombre de Bo, son "frère" tout puissant) s'improviser "héros" le temps d'une poignée de secondes pour protéger la femme qu'il aime...Dit comme ça, cette séquence peut paraître on ne peut plus banale mais la caméra de Patrick Tam en fait un véritable moment de grâce cinématographique n'ayant rien à envier à la scène du baiser volé dans My heart is that eternal rose.
Le scénario, signé Wong Kar-Wai (il s'agit du dernier volet d'une série de scripts baptisés Trilogie de la mafia dont le premier fut utilisé pour As tears go by ), propose une intrigue plus "construite" et linéaire que sur ChungKing express ou Fallen angels même si, par moments, on retrouve cette narration impressionniste constituée d'une accumulation de petits moments décalés, poétiques ou mélancoliques reliés de façon plus ou moins ténue. Final victory oscille sans cesse entre scènes dramatiques bourrées d'émotion (voir les deux conclusions poignantes et dénuées de pathos) et passages burlesques ou vaudevillesques typiquement hong-kongais (on citera, entre autres, la série de braquages de banque avortés). Une des nombreuses qualités de ce Final victory est sans conteste sa gallerie de personnages véritablement attachants soutenus par une interprétation de haut niveau. La palme revient, bien sûr à Eric Tsang drôle et touchant dans son rôle de clown triste n'osant avouer son amour à Mimi, la maîtresse de son" frère", par peur des représailles de ce dernier. On signalera aussi une très bonne prestation du génie Tsui Hark dans un rôle de petit caid (costard blanc, chemise déboutonnée chaîne en or, la totale !) monté sur piles. Bien que très expressif, son jeu diffère des pitreries (plutôt drôles au demeurant) auxquelles il nous avait habitué dans Roboforce ou Police assassins...décidemment ce type sait tout faire !
En résumé, une comédie dramatique au visuel expressionniste très soigné, bénéficiant d'excellents personnages (interpétés avec talent) et s'achevant par un final sobre et touchant qui nous laisse une grosse boule dans la gorge. Bien que réalisé par Patrick Tam , Final victory est vivement conseillé aux amateurs de Wong Kar-Wai...Surtout ceux qui, lassés de ses derniers métrages froids et redondants, retrouveront, sans aucun doute, la fraîcheur et l'énergie qui caractérisent ses plus beaux films.

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