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Coolie de Manmohan Desai et Prayag Raj
Coolie (de champignons ou de framboises, c'est
comme vous voulez) fait partie, auprès de
Don et Sholay, des plus gros
succès tournés durant les 70/80's mettant en
scène la superstar Amitabh Bacchan. Toutefois, son statut de
classique (dans son pays d'origine du moins) allié à
un titre évoquant une classe prolétarienne assez
pauvre, pourrait laisser penser qu'il s'agit d'une oeuvre
néo-réaliste et misérabiliste traitant de la
condition des ouvriers indiens...Autant dire que vous risquez
d'être très, très, trèèès
loin du compte !
A vrai dire, je ne sais trop par quel bout aborder ce film tant il
brasse les genres, les thèmes, les personnages, les
intrigues et les retournements de situation les plus
invraissemblabes à n'en plus finir. Coolie
c'est au minimum 5 films en un seul: Un revenge movie bourré
de bastons à la Bud Spencer et de scènes d'actions
aussi improbables que jouissives (le combat final, et ses
transparences pour le moins artisanales, se déroulant sur
une voiture lancée à toute vitesse vaut son pesant de
cacahuètes), une fable initiatique et religieuse (avec un
faucon, nommé Allah O Akbar, dans le rôle de la
chouette d'Athena), un mélo familial
bénéficiant d'un rebondissement (la plupart du temps
gros comme une maison) par minute, une comédie burlesque
dont l'humour, d'une kolossale finesse, ferait pâlir le plus
enragé des comiques cantonais (d'ailleurs on relèvera
une séquence évoquant fortement le -magnifique-
Pedicab driver de Sammo Hung), un "brûlot"
politique dont la naïveté communiste ferait même
ricaner Olivier Besancenot en personne, et enfin une rom-com
musicale dans la plus pure tradition hindi... Rajoutez à
cela certaines grosses scènes catastrophes telles une
inondation (causée par la simple ouverture d'un robinet de
barrage !) engloutissant une ville entière, et vous
comprendrez la nature hautement inrésumable du film.
Nul doute, Coolie est un pur divertissement
à l'indienne, coloré, rythmé, naïf,
bondissant, populaire. D'ailleurs, le héros (nommé
Iqbal, ce qui signifie George Abitbol en indien), campé par
le charismatique Amitabh Bacchan, représente l'Inde à
lui tout seul: Multiconfessionnel (il est musulman tandis que sa
femme est chrétienne et son demi-frère hindouiste),
marxiste (de nombreux états indiens tels que le kerala sont
dirigés depuis des années par les communistes) et
respectueux des valeurs familiales (comme dans toute pelloche
bollywood qui se respecte, la mère est sacrée)...Un
vrai paradoxe vivant le bonhomme !
Vous aurez donc compris que Coolie, chef d'oeuvre
de la pensée musulmano-marxiste, n'est autre que le film
culte de ce bon vieux George W Bush. D'ailleurs l'on sait de source
sûre que Donald Rumsfeld apprécie
particulièrement les armes du héros, une faucille et
un marteau (yeah, comme le bad motherfucker de Red is
dead !) ainsi que le fameux volatile, mentionné
plus haut, portant le nom d'Allah autour du cou...Un oiseau
vaillant (et empaillé sur la plupart des plans)
n'hésitant pas à affronter un
hélicoptère lors d'une séquence
mémorable. Mais l'intervention de Dieu ne se résume
pas au seul dindon indien, puisque la mère du héros
retrouvera la mémoire grâce à l'intervention
d'Allah himself (sous la forme d'un éclair bizarroïde
gratté sur pellicule), tandis que Iqbal se protègera
des balles ennemies grâce à un drapeau marqué
des sourates du coran, et cela avant de balancer la vile ordure
capitaliste briseuse de familles du haut d'un minaret en hurlant
"Allah O Akbar" ! Le héros, blessé à mort
(car, finalement, l'étendard pare-balles aurait pu se
montrer plus efficace...) sera sauvé par les prières
des chrétiens, des hindouistes, des musulmans et des sikhs.
Ouf ! Entre temps, Iqbal se sera marié et
présenté à des élections (tout de rouge
vêtu, of course !), aura retrouvé sa famille,
botté le cul de nombreux capitalistes corrompus et
marché sur la lune (euh non, j'extrapole un peu là
!).
Tornade sur pellicule, le film de Manmohan Desai et Prayag Raj est
un spectacle total, généreux, souvent absurde et
complètement bis sur les bords (les apparitions de la
bestiole et les bastons où l'on saccage
l'intégralité du décor en s'envoyant des coups
à 20 centimètres de la tronche valent tout l'or du
monde !). Un concentré de cinoche populaire à
l'état brut rendu irrésistible par ses nombreuses
maladresses, un bijou de naïveté où le
romantisme le plus inoffensif (voir les séquences musicales
d'une inventivité qui fait plaisir à voir) peut
côtoyer des accès de violence riche en ketchup que ne
renierait pas Chang Cheh (l'amputation à la hache en
début de film évoque fortement le cinéma de
l'ogre hong-kongais). Enfin, on retiendra une réalisation
parfois classe (mais c'est quand même souvent le gros bordel,
ne nous voilons pas la face), certaines séquences
véritablement émouvantes (Iqbal laissant le vieillard
partir à sa place pour la Mecque), une vision de la foi
souvent emplie d'humanisme (mis à part quand le héros
balance le bad-guy... Faut pas déconner non plus !) et un
réalisateur qui fait tout pour impliquer
émotionnellement le spectateur (au détour d'un
combat, l'écran se gèle pour laisser apparaître
un texte nous expliquant que, durant ce plan, Bacchan fut
grièvement blessé ...On appelle aussi ça de
l'exploitation).
En tout cas, une chose est sûre, on ne s'ennuie pas une
seconde face à ce gros fourre-tout aussi improbable
qu'attachant qui inspire une évidente sympathie et qu'on
regarde avec un sourire grand comme ça pendant près
de 3 heures. Bref, pour peu qu'on aime le bis
généreux (c'est vraiment l'adjectif qui convient le
mieux au film), sautillant et tout sauf fâde,
Coolie incarne une certaine idée du
bonheur.
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