Old School Bollywood Powa !  posté le lundi 28 juillet 2008 11:23

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Coolie de Manmohan Desai et Prayag Raj

Coolie (de champignons ou de framboises, c'est comme vous voulez) fait partie, auprès de Don et Sholay, des plus gros succès tournés durant les 70/80's mettant en scène la superstar Amitabh Bacchan. Toutefois, son statut de classique (dans son pays d'origine du moins) allié à un titre évoquant une classe prolétarienne assez pauvre, pourrait laisser penser qu'il s'agit d'une oeuvre néo-réaliste et misérabiliste traitant de la condition des ouvriers indiens...Autant dire que vous risquez d'être très, très, trèèès loin du compte !
A vrai dire, je ne sais trop par quel bout aborder ce film tant il brasse les genres, les thèmes, les personnages, les intrigues et les retournements de situation les plus invraissemblabes à n'en plus finir. Coolie c'est au minimum 5 films en un seul: Un revenge movie bourré de bastons à la Bud Spencer et de scènes d'actions aussi improbables que jouissives (le combat final, et ses transparences pour le moins artisanales, se déroulant sur une voiture lancée à toute vitesse vaut son pesant de cacahuètes), une fable initiatique et religieuse (avec un faucon, nommé Allah O Akbar, dans le rôle de la chouette d'Athena), un mélo familial bénéficiant d'un rebondissement (la plupart du temps gros comme une maison) par minute, une comédie burlesque dont l'humour, d'une kolossale finesse, ferait pâlir le plus enragé des comiques cantonais (d'ailleurs on relèvera une séquence évoquant fortement le -magnifique- Pedicab driver de Sammo Hung), un "brûlot" politique dont la naïveté communiste ferait même ricaner Olivier Besancenot en personne, et enfin une rom-com musicale dans la plus pure tradition hindi... Rajoutez à cela certaines grosses scènes catastrophes telles une inondation (causée par la simple ouverture d'un robinet de barrage !) engloutissant une ville entière, et vous comprendrez la nature hautement inrésumable du film.
Nul doute, Coolie est un pur divertissement à l'indienne, coloré, rythmé, naïf, bondissant, populaire. D'ailleurs, le héros (nommé Iqbal, ce qui signifie George Abitbol en indien), campé par le charismatique Amitabh Bacchan, représente l'Inde à lui tout seul: Multiconfessionnel (il est musulman tandis que sa femme est chrétienne et son demi-frère hindouiste), marxiste (de nombreux états indiens tels que le kerala sont dirigés depuis des années par les communistes) et respectueux des valeurs familiales (comme dans toute pelloche bollywood qui se respecte, la mère est sacrée)...Un vrai paradoxe vivant le bonhomme !
Vous aurez donc compris que Coolie, chef d'oeuvre de la pensée musulmano-marxiste, n'est autre que le film culte de ce bon vieux George W Bush. D'ailleurs l'on sait de source sûre que Donald Rumsfeld apprécie particulièrement les armes du héros, une faucille et un marteau (yeah, comme le bad motherfucker de Red is dead !) ainsi que le fameux volatile, mentionné plus haut, portant le nom d'Allah autour du cou...Un oiseau vaillant (et empaillé sur la plupart des plans) n'hésitant pas à affronter un hélicoptère lors d'une séquence mémorable. Mais l'intervention de Dieu ne se résume pas au seul dindon indien, puisque la mère du héros retrouvera la mémoire grâce à l'intervention d'Allah himself (sous la forme d'un éclair bizarroïde gratté sur pellicule), tandis que Iqbal se protègera des balles ennemies grâce à un drapeau marqué des sourates du coran, et cela avant de balancer la vile ordure capitaliste briseuse de familles du haut d'un minaret en hurlant "Allah O Akbar" ! Le héros, blessé à mort (car, finalement, l'étendard pare-balles aurait pu se montrer plus efficace...) sera sauvé par les prières des chrétiens, des hindouistes, des musulmans et des sikhs. Ouf ! Entre temps, Iqbal se sera marié et présenté à des élections (tout de rouge vêtu, of course !), aura retrouvé sa famille, botté le cul de nombreux capitalistes corrompus et marché sur la lune (euh non, j'extrapole un peu là !).
Tornade sur pellicule, le film de Manmohan Desai et Prayag Raj est un spectacle total, généreux, souvent absurde et complètement bis sur les bords (les apparitions de la bestiole et les bastons où l'on saccage l'intégralité du décor en s'envoyant des coups à 20 centimètres de la tronche valent tout l'or du monde !). Un concentré de cinoche populaire à l'état brut rendu irrésistible par ses nombreuses maladresses, un bijou de naïveté où le romantisme le plus inoffensif (voir les séquences musicales d'une inventivité qui fait plaisir à voir) peut côtoyer des accès de violence riche en ketchup que ne renierait pas Chang Cheh (l'amputation à la hache en début de film évoque fortement le cinéma de l'ogre hong-kongais). Enfin, on retiendra une réalisation parfois classe (mais c'est quand même souvent le gros bordel, ne nous voilons pas la face), certaines séquences véritablement émouvantes (Iqbal laissant le vieillard partir à sa place pour la Mecque), une vision de la foi souvent emplie d'humanisme (mis à part quand le héros balance le bad-guy... Faut pas déconner non plus !) et un réalisateur qui fait tout pour impliquer émotionnellement le spectateur (au détour d'un combat, l'écran se gèle pour laisser apparaître un texte nous expliquant que, durant ce plan, Bacchan fut grièvement blessé ...On appelle aussi ça de l'exploitation).
En tout cas, une chose est sûre, on ne s'ennuie pas une seconde face à ce gros fourre-tout aussi improbable qu'attachant qui inspire une évidente sympathie et qu'on regarde avec un sourire grand comme ça pendant près de 3 heures. Bref, pour peu qu'on aime le bis généreux (c'est vraiment l'adjectif qui convient le mieux au film), sautillant et tout sauf fâde, Coolie incarne une certaine idée du bonheur.

 

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