Ya pas que Johnnie To dans la vie: Perles du polar HK 2  posté le dimanche 27 juillet 2008 20:09

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Rock n' roll cop de Kirk Wong:

A l'instar de Black rain de Ridley Scott et de Double détente de Walter hill, Rock n' roll cop nous montre 2 flics de nationalité différente (et que tout oppose) obligés de faire équipe pour arrêter un dangereux criminel: D'un côté on a Anthony Wong dans le rôle du flic Hong-Kongais gouailleur aux attitudes de rock-star (ça + sa passion pour la gratte = le titre du film !), de l'autre on a un flic Chinois rigoureux, plus effacé et droit comme la justice. Via ce schéma classique mais parfaitement exploité, Kirk Wong entreprend son film comme étant une métaphore sur la rétrocession (oui je sais, on emploie cette grille de lecture à tort et à travers...Mais ici c'est le coeur même du film). Contrairement à nombre de films HK, Rock n' roll cop propose une vision optimiste du rapprochement (et de la collaboration) entre "mainlanders" et chinois de Hong-kong. A ce titre la réplique finale adressée au "rock n' roll cop" par le flic chinois ("We cops don't give a shit about politics, We just know how to arrest criminals. After 1997, this border line will be vanished. By them, we won't be pointing our guns at each other anymore."), bien que non dénuée d'une certaine naiveté, est plus qu'éloquente et perdure dans la tête du spectateur une fois le film terminé. Même si ce point de vue relativement atypique dans l'univers du polar HK fait de Rock n' roll cop le volet le plus optimiste de la "trilogie du crime" (les deux autres volets étant Crime story et OCTB), Kirk Wong n'hésite cependant pas à pointer du doigt le caractère expéditif de la justice chinoise...En temoigne cette séquence où le braqueur/ tueur campé par Yu Rong Guang s'exclame "Captain what a different world. This side is so free ! " lorsqu'il passe la frontière afin d'être jugé à Hong Kong.

Au delà de sa portée politique Rock n' roll cop est avant tout un polar hyper tendu, mené tambour battant du début à la fin...A ce titre la première bobine, enchaînant les moments forts sans le moindre temps mort (un meurtre bien sordide, une scène de braquage de banque aussi sèche que brutale etc...), est à marquer d'une pierre blanche. Au rayon des qualités on mentionnera aussi la mise en scène à la fois nerveuse et sophistiquée de Kirk Wong (soutenue par une photo soignée, a mi chemin entre stylisation et réalisme...à l'image du film donc), ainsi que d'excellents personnages: Anthony Wong dont le talent n'est plus à prouver y trouve un de ses meilleurs rôles, Yu Rong Guang campe un braqueur aussi charismatique que profondément pourri (il tue et torture à tout va, juste pour le fun !), mais le plus beau protagoniste est, sans conteste, ce flic chinois déterminé à venger son meilleur ami...Un personnage noble, tragique et pétri d'honneur qui semble tout droit sorti d'un "hero-movie" de John Woo.
D'ailleurs Rock n' roll cop ne cesse d'osciller, avec habileté, entre polar dit "réaliste" (même si on reste loin du réalisme maniaque d'un Full alert par exemple) et mélo-polar type Beyond hypothermia ou A better tomorrow, on citera à ce titre le triangle amoureux développé entre le policier chinois, la petite amie du tueur et (bien sûr) le "bad-guy", romance tragique qui se clôt de la façon le plus poignante et douloureuse qui soit. Les 2 séquences qui concluent cette histoire d'amour (une course poursuite contre la mort suivie d'un instant dont le calme et la plénitude ne parviennent pas à masquer la profonde tristesse) constituent ce que le cinéma de Kirk Wong a livré de plus beau.

Pour finir, venons à la scène d'action finale bourrée d'idées jouissives (un gunfight opposant des gangsters, au sol, à un groupe de flics qui vident leur chargeurs en sautant d'un pont), parvenant à dépasser le cadre du polar "réaliste" sans sombrer une seule fois dans le ridicule (contrairement au très bon OCTB où les quelques écarts sonnaient comme des fautes de goût)...Cette inventivité est relayée par quelques accès de barbarie n'étants pas sans rappeler le final du Beast cops de Gordon Chan et Dante Lam (la machette n'y est pas pour rien !)...Dommage cependant que la version (anciennement) disponible soit une version coupée, certains plans gores passent à la trappe et ça se voit !
Je m'arrête là mais je pourrais encore continuer a vanter les mérites de ce film étonnamment riche, dense (Rock n' roll cop est tour à tour un polar carré, une love-story tragique, une métaphore politique, un film d'action barbare, etc...) et dont le style, en équilibre entre différentes tendances du polar HK, en fait une oeuvre somme et, sans hésitation, le meilleur volet de la divine "trilogie" de Kirk Wong.

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