Rock n' roll cop de Kirk Wong:
A l'instar de Black rain de Ridley Scott et de
Double détente de Walter hill, Rock
n' roll cop nous montre 2 flics de nationalité
différente (et que tout oppose) obligés de faire
équipe pour arrêter un dangereux criminel: D'un
côté on a Anthony
Wong dans le rôle du flic
Hong-Kongais gouailleur aux attitudes de rock-star (ça + sa
passion pour la gratte = le titre du film !), de l'autre on a un
flic Chinois rigoureux, plus effacé et droit comme la
justice. Via ce schéma classique mais parfaitement
exploité, Kirk Wong
entreprend son film comme étant une métaphore sur la
rétrocession (oui je sais, on emploie cette grille de
lecture à tort et à travers...Mais ici c'est le coeur
même du film). Contrairement à nombre de films HK,
Rock n' roll cop propose une vision optimiste du
rapprochement (et de la collaboration) entre "mainlanders" et
chinois de Hong-kong. A ce titre la réplique finale
adressée au "rock n' roll cop" par le flic chinois ("We
cops don't give a shit about politics, We just know how to arrest
criminals. After 1997, this border line will be vanished. By them,
we won't be pointing our guns at each other anymore."), bien
que non dénuée d'une certaine naiveté, est
plus qu'éloquente et perdure dans la tête du
spectateur une fois le film terminé. Même si ce point
de vue relativement atypique dans l'univers du polar HK fait de
Rock n' roll cop le volet le plus optimiste de la
"trilogie du crime" (les deux autres volets étant
Crime story et OCTB), Kirk
Wong n'hésite cependant pas
à pointer du doigt le caractère expéditif de
la justice chinoise...En temoigne cette séquence où
le braqueur/ tueur campé par Yu Rong Guang s'exclame
"Captain what a different world. This side is so free ! "
lorsqu'il passe la frontière afin d'être jugé
à Hong Kong.
Au delà de sa portée politique Rock n' roll
cop est avant tout un polar hyper tendu, mené
tambour battant du début à la fin...A ce titre la
première bobine, enchaînant les moments forts sans le
moindre temps mort (un meurtre bien sordide, une scène de
braquage de banque aussi sèche que brutale etc...), est
à marquer d'une pierre blanche. Au rayon des qualités
on mentionnera aussi la mise en scène à la fois
nerveuse et sophistiquée de Kirk Wong (soutenue par une photo soignée, a
mi chemin entre stylisation et réalisme...à l'image
du film donc), ainsi que d'excellents personnages: Anthony Wong
dont le talent n'est plus à prouver y trouve un de ses
meilleurs rôles, Yu Rong Guang campe un braqueur aussi
charismatique que profondément pourri (il tue et torture
à tout va, juste pour le fun !), mais le plus beau
protagoniste est, sans conteste, ce flic chinois
déterminé à venger son meilleur ami...Un
personnage noble, tragique et pétri d'honneur qui semble
tout droit sorti d'un "hero-movie" de John Woo.
D'ailleurs Rock n' roll cop ne cesse d'osciller,
avec habileté, entre polar dit "réaliste" (même
si on reste loin du réalisme maniaque d'un Full
alert par exemple) et mélo-polar type
Beyond hypothermia ou A better
tomorrow, on citera à ce titre le triangle amoureux
développé entre le policier chinois, la petite amie
du tueur et (bien sûr) le "bad-guy", romance tragique qui se
clôt de la façon le plus poignante et douloureuse qui
soit. Les 2 séquences qui concluent cette histoire d'amour
(une course poursuite contre la mort suivie d'un instant dont le
calme et la plénitude ne parviennent pas à masquer la
profonde tristesse) constituent ce que le cinéma de Kirk
Wong a livré de plus
beau.
Pour finir, venons à la scène d'action finale
bourrée d'idées jouissives (un gunfight opposant des
gangsters, au sol, à un groupe de flics qui vident leur
chargeurs en sautant d'un pont), parvenant à dépasser
le cadre du polar "réaliste" sans sombrer une seule fois
dans le ridicule (contrairement au très bon
OCTB où les quelques écarts
sonnaient comme des fautes de goût)...Cette
inventivité est relayée par quelques accès de
barbarie n'étants pas sans rappeler le final du
Beast cops de Gordon Chan et Dante
Lam (la machette n'y est pas pour rien !)...Dommage cependant
que la version (anciennement) disponible soit une version
coupée, certains plans gores passent à la trappe et
ça se voit !
Je m'arrête là mais je pourrais encore continuer a
vanter les mérites de ce film étonnamment riche,
dense (Rock n' roll cop est tour à tour un
polar carré, une love-story tragique, une métaphore
politique, un film d'action barbare, etc...) et dont le style, en
équilibre entre différentes tendances du polar HK, en
fait une oeuvre somme et, sans hésitation, le meilleur volet
de la divine "trilogie" de Kirk Wong.