Ya pas que Johnnie To dans la vie: Perles du polar HK 1  posté le dimanche 27 juillet 2008 19:51

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Lover's tear de Jacob Cheung

J'aimerais aujourd'hui parler d'un polar Hong-kongais hélas totalement méconnu (et relativement introuvable), il s'agit de Lover's tear réalisé en 1991 par Jacob Cheung et interprété par Collin Chou, Nina Li, Sammo Hung (qui occupe aussi le poste de producteur), Elvis Tsui, Lam Chin-Ying et Wu Ma...Que du beau monde !

L'histoire s'articule autour d'un flic hong-kongais (Collin Chou) arrivant à Shenzhen afin d'arrêter un tueur chinois (Elvis Tsui). Injustement accusé du meurtre d'une flic chinoise, le héros s'enfuit avec le seul témoin, la petite amie sourde du tueur, dans le but de regagner Hong-Kong avec elle et de prouver son innocence tout en accumulant les preuves contre le tueur. Evidemment il tombera amoureux de la demoiselle déja maquée avec le "bad-guy".

N'y allons pas par 4 chemins, Lover's tear est tout simplement un chef d'oeuvre oublié du cinéma HK. On a ici à faire à un polar carré et rythmé (malgré quelques passages contemplatifs de toute beauté), souvent tendu et bénéficiant de scènes d'action de très bonne facture (voir l'utilisation réaliste et discrète de prises de kung-Fu lors du court affrontement entre Lam Chin-Ying et Collin Chou). Mais ce qui marque avant tout est l'ambiance qui se dégage de ce film, une ambiance douce amère et souvent bucolique...Le cadre est doux, baigné de lumière (la photographie est superbe) et, pourtant, on ressent la violence latente qui finira par exploser.
Bien qu'il nous livre un mélodrame (jamais lourd ceci dit) aux sentiments exacerbés, Jacob Cheung conserve un souci de réalisme qui le range aux côtés de Ringo Lam ou du Johnny Mak de Long arm of the law. A ce titre, les scènes dans la campagne chinoise sont criantes de véracité.
Le scénario, relativement simple et archétypal, s'avère finalement être l'écrin parfait pour un film souvent touchant et aux acteurs confondants de justesse: Lam Chin-Ying est magnifique dans son rôle de tueur froid qui révèle, par petites touches, sa profonde humanité au détour de quelques répliques ou plans fugaces. D'ailleurs les personnages sont, pour la plupart, très bien écrits et attachants. Décrits avec subtilité (on sait que le passé du protagoniste interprété par Nina Li est sombre mais le réalisateur n'insiste jamais trop dessus...Juste assez pour nous émouvoir de temps à autre), ils préservent quasiment tous cette part d'ambiguité qui fait que la frontière entre "bons" et "mauvais" est souvent ténue.
Bien que ça ne soit pas ce qui lui importe le plus, Jacob Cheung nous livre une poignée de scènes d'action plutôt bien troussées. A ce titre le climax, possédant une mise en place des plus tendues, fait souvent preuve d'inventivité. La violence, sèche et filmée sans esbrouffe, cadre on ne peut mieux avec la tonalité générale du film.
La conclusion très sobre finit de nous arracher le coeur...La où on aurait pu s'attendre à un final tragique et héroique comme dans nombre de polars HK de l'époque, Jacob Cheung préfère nous prendre à contre-pied via une fin douce amère où les non-dits prennent toute leur signification (et où la très belle BO y déploie toute sa puissance émotionelle). Cela vient peut être du fait que j'ai découvert les deux films durant la même semaine, mais cette ultime séquence m'a pas mal évoquée la conclusion du Miami vice de Michael Mann... Il y'a pire comparaison vous me direz !

Lover's tear est un film à découvrir et à faire découvrir (HKvideo anyone ?) afin qu'il puisse un jour récuperer la place qui est sienne: Une référence du ciné HK au même titre qu'un City on fire, Long arm of the law ou A better tomorrow, tout simplement !

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