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Tandis que la dynastie Ming vient de naître, un
guerrier aux desseins maléfiques capable de changer de
visage s'approprie peu à peu les techniques de chaque clan
afin de devenir invincible, puis gagne la confiance de l'empereur
(Ku Feng) dans le but de régner dans l'ombre. Deux valeureux
guerriers, l'un chef des Mongols (Ti Lung), et l'autre chef de la
secte Ming (Derek Yee) vont devoir faire fi de l'animosité
qui les oppose afin de vaincre le dangereux manipulateur.
Bien qu’assez peu réputé dans la
labyrinthique filmographie de Chu Yuan, Hidden power of
dragon sabre (suite des deux Heaven sword and
dragon sabre) est un Wu-Xia Pian fantaisiste typique des
dernières heures de la Shaw qui, pour de nombreuses raisons,
mérite toute notre attention. La principale d‘entre
elles est qu‘il s’agit du dernier film de sabre
réalisé par le maître, une ultime
plongée dans cette Chine de contes et de légendes qui
nous aura tant fait rêver avant de faire ses adieux aux
studios de clearwater bay. Et à la vue de l’objet on
peut affirmer que le maître du WXP tortueux a tourné
la page avec panache…Non pas que Hidden power of
dragon sabre figure parmi ses plus grandes
réussites (il est bien trop imparfait pour ça), ni
même qu’on puisse le voir comme une synthèse de
ses années Shaw brothers (du moins dans le registre du film
de chevalerie)…Disons que le métrage qui nous
intéresse à présent est tout simplement le
film le plus généreux de son auteur en termes
d‘action et de délires graphiques.
Ici Chu Yuan laisse de côté les intrigues à
tiroirs chères à Gu Long pour
s’intéresser à Jin Yong, un autre auteur wu-xia
massivement adapté au cinéma…Ce qui explique
peut être un script plus simple et moins alambiqué
qu’a l’accoutumée. On y retrouve certes les
complots et autres retournements de situation de rigueur , mais
contrairement à des classiques tels que La guerre
des clans ou Le tigre de jade, le
scénario est ici réduit à son strict minimum.
Chu Yuan, pourtant coutumier d’un rythme vif et alerte, ne
prend même plus le temps de se poser pour raconter son
histoire où développer un minimum ses
personnages…Non, il fonce pied au plancher du début
à la fin dans le seul but d’en foutre plein la vue au
spectateur ébahi devant ce récit hystérique
carburant à la testostérone de taureau non
coupée. Dans Hidden power of dragon sabre
il ne se déroule jamais 2 minutes sans que les personnages
affrontent un groupe d’ennemis ou tombent dans un
piège vicelard, quand ils ne sont pas surpris par une
explosion ou mieux, une véritable pluie de rayons lasers
colorés (voire le final ,bourré d’effets
spéciaux, qui pousse dans ses derniers retranchements ce
sous genre hautement salutaire qu’est le « WXP stabilo
» type Holy flame of the martial
world).
Non content de nous abreuver jusqu’à plus soif de
combats et de péripéties en tout genres, le
réalisateur de The magic blade tente un
« crossover » maladroit mais jouissif entre
récit médiéval et science-fiction.
Résultat: Au détour de certains plans, les
protagonistes évoluent dans des décors qui semblent
tout droits sortis d'un volet de la saga Star
Wars. On retiendra en particulier ce tunnel
évoquant fortement l‘intérieur de
l‘étoile noire. L’irruption du genre SF est
d’autant plus surprenante qu’elle ne semble jamais
justifiée et, par conséquent, tombe souvent comme un
cheveu sur la soupe. Mais ce parti pris demeure toutefois
intéressant (à défaut d’être
réussi) car à ma connaissance Chu Yuan est, avec Jeff
Lau ( et son récent Chinese tall story), le
seul réalisateur à avoir tenté le grand
écart entre Wu-Xia et science fiction.
Vous aurez donc compris que Hidden power of dragon
sabre est un véritable feu d’artifice haut en
couleurs dans lequel la notion de spectacle total l’emporte
haut la main sur celle de cohérence. Dans le cas
présent, le fait d'être complètement foutraque
n'empêche jamais le film de faire preuve d’une
très grande beauté plastique. Bien que le
scénario soit littéralement réduit en cendres,
Chu Yuan est loin d’en faire de même concernant
l’esthétique. Bien au contraire, sur le plan de la
magnificence visuelle, cet adieu au film de sabre n’a rien
à envier aux précédents chefs
d’œuvres du maître tant les compostions
picturales (baignées d’une photogaphie vive et
colorée tout simplement superbe) s’avèrent
soignées et les décors en studio sans cesse
magnifiés…Ce qui fait de Hidden power of
dragon sabre un des plus beaux WXP psychotroniques jamais
tournés (enfin parmi ceux que j’ai eu l’occasion
de voir). Et qui dit Wu-xia psychotronique dit délires en
tous genres. Et même si, dans le domaine du gros pêtage
de plombs démentiel, il n'égale pas des fleurons du
genre tels que Buddah’s palm ou Holy
flame of the martial world, le film de Chu Yuan comprend
son lot de perles savoureusement bis comme en témoigne cette
séquence d’explosions en série de moines en
mousse ou ce combattant aveugle, aux réflexes et à
l'odorat sur-aiguisés, qui se déplace uniquement sous
terre pour ainsi surgir du sol et prendre son adversaire au
dépourvu. Le quota « psycho » est aussi
assuré par une bonne galerie de vilains folkloriques
(hélàs trop peu présents à
l’écran pour la plupart) et des chorégraphies
aériennes pas toujours maîtrisées mais
rehaussés par une avalanche de super-pouvoirs fluos ou
autres champs de force coloriés à même la
pellicule. Cependant, l’élément le plus
marquant de Hidden power of dragon sabre demeure
sans conteste sans ce guerrier androgyne surpuissant, (oui, 8 ans
avant Swordsman 2 !) campé par un Alex Man
survolté, dont le corps, les vêtements et le visage
sont partagés en deux parties façon « double
face » dans Batman. Un côté
homme, un côté femme…Autant dire qu’avec
une telle idée, le père Chu s’en donne à
cœur joie dans l’utilisation du champ/contre
champ.
Par contre, contrairement à Alex Man, les autres têtes
d'affiche semblent très peu concernées par leur
rôle. Cherie Cheung et Derek Yee gardent un même air
absent durant l’intégralité du métrage
tandis que Ti Lung, dans la peau d’un valeureux guerrier
mongol, se repose sur son charisme naturel. Mais vu l’absence
de profondeur de leur personnages ce n’est guère
étonnant.
Bien que plutôt faiblard sur le plan du jeu d’acteurs
et du scénario, Hidden power of dragon
sabre reste un WXP débordant de
générosité et d’idées à un
tel point que ces dernières ne fonctionnent pas toujours (je
me demande encore ce que viennent faire les décors à
la Star Wars)…Mais un joyeux bordel
fantaisiste, énergique et hautement divertissant comme
celui-ci ne peut que séduire l'amateur d’aventures
« sérialesques », surtout quand il est
réalisé par un Chu Yuan complètement fondu du
ciboulot (par moments on se demanque quand même s'il sait ce
qu'il fait !) et en pleine possession de ses moyens plastiques.
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