Lover's tear de Jacob Cheung
J'aimerais aujourd'hui parler d'un polar Hong-kongais
hélas totalement méconnu (et relativement
introuvable), il s'agit de Lover's tear réalisé en
1991 par Jacob Cheung et interprété par Collin Chou,
Nina Li, Sammo Hung (qui occupe aussi le poste de producteur),
Elvis Tsui, Lam Chin-Ying et Wu Ma...Que du beau monde !
L'histoire s'articule autour d'un flic hong-kongais (Collin Chou)
arrivant à Shenzhen afin d'arrêter un tueur chinois
(Elvis Tsui). Injustement accusé du meurtre d'une flic
chinoise, le héros s'enfuit avec le seul témoin, la
petite amie sourde du tueur, dans le but de regagner Hong-Kong avec
elle et de prouver son innocence tout en accumulant les preuves
contre le tueur. Evidemment il tombera amoureux de la demoiselle
déja maquée avec le "bad-guy".
N'y allons pas par 4 chemins, Lover's tear est tout simplement un
chef d'oeuvre oublié du cinéma HK. On a ici à
faire à un polar carré et rythmé
(malgré quelques passages contemplatifs de toute
beauté), souvent tendu et bénéficiant de
scènes d'action de très bonne facture (voir
l'utilisation réaliste et discrète de prises de
kung-Fu lors du court affrontement entre Lam Chin-Ying et Collin
Chou). Mais ce qui marque avant tout est l'ambiance qui se
dégage de ce film, une ambiance douce amère et
souvent bucolique...Le cadre est doux, baigné de
lumière (la photographie est superbe) et, pourtant, on
ressent la violence latente qui finira par exploser.
Bien qu'il nous livre un mélodrame (jamais lourd ceci dit)
aux sentiments exacerbés, Jacob Cheung conserve un souci de
réalisme qui le range aux côtés de Ringo Lam ou
du Johnny Mak de Long arm of the law. A ce titre,
les scènes dans la campagne chinoise sont criantes de
véracité.
Le scénario, relativement simple et archétypal,
s'avère finalement être l'écrin parfait pour un
film souvent touchant et aux acteurs confondants de justesse: Lam
Chin-Ying est magnifique dans son rôle de tueur froid qui
révèle, par petites touches, sa profonde
humanité au détour de quelques répliques ou
plans fugaces. D'ailleurs les personnages sont, pour la plupart,
très bien écrits et attachants. Décrits avec
subtilité (on sait que le passé du protagoniste
interprété par Nina Li est sombre mais le
réalisateur n'insiste jamais trop dessus...Juste assez pour
nous émouvoir de temps à autre), ils
préservent quasiment tous cette part d'ambiguité qui
fait que la frontière entre "bons" et "mauvais" est souvent
ténue.
Bien que ça ne soit pas ce qui lui importe le plus, Jacob
Cheung nous livre une poignée de scènes d'action
plutôt bien troussées. A ce titre le climax,
possédant une mise en place des plus tendues, fait souvent
preuve d'inventivité. La violence, sèche et
filmée sans esbrouffe, cadre on ne peut mieux avec la
tonalité générale du film.
La conclusion très sobre finit de nous arracher le
coeur...La où on aurait pu s'attendre à un final
tragique et héroique comme dans nombre de polars HK de
l'époque, Jacob Cheung préfère nous prendre
à contre-pied via une fin douce amère où les
non-dits prennent toute leur signification (et où la
très belle BO y déploie toute sa puissance
émotionelle). Cela vient peut être du fait que
j'ai découvert les deux films durant la même semaine,
mais cette ultime séquence m'a pas mal évoquée
la conclusion du Miami vice de Michael Mann... Il
y'a pire comparaison vous me direz !
Lover's tear est
un film à découvrir et à faire
découvrir (HKvideo anyone ?) afin qu'il puisse un jour
récuperer la place qui est sienne: Une
référence du ciné HK au même titre
qu'un City on fire, Long arm of the
law ou A better tomorrow, tout simplement
!





