Ode à Patriiiiick Tam: After this our exile  posté le lundi 28 juillet 2008 20:34

Un père de famille (Aaron Kwok), irresponsable et accro au jeu, elève seul son fils après que sa femme (Charlie Young) les ait laissé tomber pour se marier avec son amant. Rongé par les dettes, le père pousse son fils à voler pour survivre...

Attention: Présence de Spoilers.

 

Après pas loin de deux décénnies d'absence en tant que réalisateur (son dernier -et meilleur- film, le magnifique My heart is that eternal rose, remonte à 1989), Patrick Tam revient en forme avec ce drame déchirant et fait, une nouvelle fois, preuve d'une très grande rigueur formelle. Bien que moins stylisé que sur ses films antérieurs (il faut avouer que la patte typiquement 80's de ses précédents métrages passerait moins bien dans un film actuel), le résultat se révèle hyper maîtrisé, que ce soit sur le plan du découpage ou de la composition picturale. Chaque plan donne l'impression d'avoir été mûrement réfléchi et rien, strictement rien, ne semble être le fruit du hasard. On mentionnera, à ce titre, les quelques accélérations brèves et soudaines du montage (d'autant plus surprenantes que le film se pare d'un rythme relativement contemplatif) qui, loin de se limiter à de simples tics visant à faire monter en flèche la tension du spectateur, prennent tout leur sens lors d'un court flash back à la violence (physique et psychologique) surprenante. En plus d'une mise en scène rigoureuse et maîtrisée, soutenue par une photographie chaude nous faisant littéralement ressentir la chaleur qui pèse sur les personnages, After this our exile bénéficie d'un travail très poussé sur l'ambiance sonore, décuplant ainsi l'impression de moiteur à la fois douce et oppressante véhiculée par les images (le choix de situer l'action en Malaysie, où Patrick Tam a passé de nombreuses années de sa vie, n'y est pas pour rien).

Avec sa langueur envoûtante parcourue de soudaines explosions de rage jusqu'ici contenue, After this our exile évoque fortement Nos années sauvages de Wong Kar-Wai...Ce qui n'est finalement pas si étonnant que ça puisque Patrick Tam, en plus d'être le mentor du célèbre cinéaste à lunettes noires, n'est autre que le monteur du film précédemment cité.

Loin de se contenter d'être un grand formaliste, le réalisateur de The sword prouve une fois de plus son talent en ce qui concerne la direction d'acteurs (souvenez vous de My heart is that eternal rose et son Tony Leung Chiu-Wai poignant dans un de ses premiers grands rôles). Aaron Kwok, acteur trop souvent inégal, se révèle tout simplement immense dans la peau d'un père de famille paumé et irresponsable (la scène où il menace de se couper la main risque de rester dans les mémoires)... Inutile de tergiverser 107 ans, le bellâtre de Stormriders a, sans hésitation possible, trouvé son plus beau rôle. Mais les autres acteurs ne sont pas en reste. King-to Ng, le gamin se montre franchement convaincant (d'autant plus qu'il n'avait jamais pris de cours de comédie avant le film) tandis que Charlie Young, dans une composition poignante et pétrie de fragilité, prouve une fois de plus qu'elle est une des actrices les plus talentueuses de sa génération (de plus, on ne l'a jamais vu aussi belle).

Ici, l'émotion découle naturellement du puissant jeu des acteurs et de la subtile mise en scène de Patrick Tam qui ne souligne jamais lourdement le drame se déroulant sous nos yeux. Le réalisateur pose aucun jugement sur ses personnages et évite toute compassion assenée à grands coups de burin (Patrick Tam n'est pas Lars Von Trier...'Fin bref), ce qui aurait pu faire sombrer le métrage dans le misérabilisme de bas étage.

Mais After this our exile ne serait pas aussi réussi sans cette conclusion bouleversante et d'une rare tristesse, où l'on comprend que la seule victime de ce naufrage sentimental sera l'enfant et non les parents, qui tous deux, parviendront de leur côté à reconstruire une vie familiale harmonieuse. A la fin, le fils (après une dizaine d'années passées en maison de correction), se rend compte qu'il est né 10 ans trop tôt et que d'autres enfants vivent, auprès de ses parents, l'existence heureuse qui aurait pu être la sienne. Il reste seul, brisé… Rien que de mentionner les dernières minutes du film, j'en ai les yeux humides. Ce final en forme de véritable crève coeur serait capable de faire chialer le plus beauf des fans de la tétralogie Taxi... Quoique je m'avance peut être un peu trop là...

Après 17 ans d'inactivité en tant que cinéaste, on pouvait craindre de Patrick Tam qu'il ait perdu la main où qu'il soit resté enfermé dans les années 80...Que nenni, le bonhomme revient peut être un chouilla plus sage et apaisé que par le passé (même si le rythme posé laisse parfois place à de brefs coups de "speed"), mais au final le résultat n'en est pas moins puissant.

Je terminerais cette petite bafouille par une petite remarque concernant les premières minutes du métrage. Dès le début, le réalisateur de Final victory pose la tonalité mélancolique dans laquelle baignera le film via l'utilisation de la chanson "You are my sunshine"... Impossible pour l’amateur de cinoche HK de ne pas penser à une des autres grandes réussites hong-kongaises de l'année 2006, c'est à dire Dog bite dog (en même temps il y'en a pas eu des masses...) dont la conclusion très sombre se parait de la même mélodie.

 

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Tiens voilà du bourrin !!!  posté le lundi 28 juillet 2008 14:27

Enter the eagles de Corey Yuen:

Décrit par le critique David Martinez (dans feu HKmag) comme étant le pire film hong-kongais des années 80/90 ("Probablement le plus mauvais film produit depuis 20 ans [...]mise à mort d'une industrie toute entière"), Enter the eagles (AKA And now you're dead) ne mérite pourtant pas une telle véhémence. Le film du chorégraphe/réalisateur Corey Yuen est juste une petite série B sans autre prétention que de délivrer son lot de scènes d'action too-much et bien destroy comme il faut. Tournée à l'arrache (et ça se voit !) dans les rues de Prague (sans doute pour surfer sur le succès de Mission:Impossible) et narrant une banale histoire de voleurs se disputant un objet précieux, Enter the eagles, avouons le, ne vole pas très haut. Bête à en chier du foin, le scénario se limite à son pitch de départ et côté interprétation, si l'on met de côté le couple formé par Jordan Chan et Anita Yuen (qui nous resérve une assez jolie scène peu avant le climax), ça ne vaut guère mieux...Je pense en particulier à cette ribambelle d'acteurs occidentaux qui surjouent comme des cochons et s'avèrent incapables d'aligner 2 mots correctement. Mis à part ça, les effets spéciaux en image de synthèse sont cheap à en crever (le dirigeable Acer -notez la discrétion du placement de marques- en CGI semble avoir été concu sur un vieil amstrad datant de l'âge de pierre), le (sur)découpage "cache misère" de certaines séquences spectaculaires (le crash de l'hélico) n'a rien à envier à un Michael Bay en pleine forme et Shannon Lee (oui, la fille de Bruce !), bien que douée pour les scènes d'action (y'a pas à dire, elle assure le spectacle), fait un peu peine à voir lorsqu'elle tente de singer les mimiques de son légendaire papa (avec une musique pompée sur le Enter the dragon de Lalo Schiffrin à l'appui). Et pourtant, malgré tout, j'ai pris un véritable plaisir coupable à matter ce gros nanar sous amphètes. Bref, si on vous dit que Enter the eagles est aussi con que dynamique...Vous aurez vite compris qu'on ne s'ennuie pas une seconde face à ce sommet de bourrinage "over the top" enchaînant, à un rythme infernal (sérieux, l'action occupe au moins 80% du métrage !), fusillades, explosions en tout genres, cascades surréalistes et combats relativements violents. Corey Yuen et sa bande veulent nous en foutre plein la vue (et tout faire pêter) avec le tiers du budget petits fours de la dernière prod' Jerry Bruckheimer et rien, absolument rien, ne les arrêtera. Bien sûr, le film respire le système D et n'est pas des mieux foutus (voir les nombreux défauts énoncés ci dessus) mais une telle générosité dans la surrenchère "bis" aveugle ne peut qu'attirer une certaine sympathie. Il faut voir Michael "fucking" Wong (en mode Sylvestre de l'ex-colonie) sauter à l’élastique d’un hélicoptère tout en canardant les ennemis au sol. Le reste est du même acabit c'est à dire crétin, invraissemblable, hyper bourrin, fun et sans limite. On retiendra en particulier l'hilarant (et bien jouissif mine de rien) climax se déroulant dans un ballon dirigeable en vol...Et que dire si ce n'est que la dernière séquence (sensée être tragique) avec Mike Wong et son gros cigare vaut son pesant de cacahuètes !
Et puis quel plaisir, pour tout fan d'actionners HK estampillés 80's, de revoir Benny -the jet- Urquidez (le kickeur fou de Soif de justice et Dragons forever) dans le rôle du bad-guy de service.
...Par contre j'ai pas dit qu'il jouait bien, hein !

Un vrai plaisir coupable 0% neurones 100% testostérone, guère mieux branlé mais tellement plus fun que les trucs que nous pond Corey Yuen depuis quelques années (Le transporteur, So closeDead or alive...Berk !).

« I’ll be back from the dead and i’ll kick your ass ! »

 

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Old School Bollywood Powa !  posté le lundi 28 juillet 2008 11:23

Coolie de Manmohan Desai et Prayag Raj

Coolie (de champignons ou de framboises, c'est comme vous voulez) fait partie, auprès de Don et Sholay, des plus gros succès tournés durant les 70/80's mettant en scène la superstar Amitabh Bacchan. Toutefois, son statut de classique (dans son pays d'origine du moins) allié à un titre évoquant une classe prolétarienne assez pauvre, pourrait laisser penser qu'il s'agit d'une oeuvre néo-réaliste et misérabiliste traitant de la condition des ouvriers indiens...Autant dire que vous risquez d'être très, très, trèèès loin du compte !
A vrai dire, je ne sais trop par quel bout aborder ce film tant il brasse les genres, les thèmes, les personnages, les intrigues et les retournements de situation les plus invraissemblabes à n'en plus finir. Coolie c'est au minimum 5 films en un seul: Un revenge movie bourré de bastons à la Bud Spencer et de scènes d'actions aussi improbables que jouissives (le combat final, et ses transparences pour le moins artisanales, se déroulant sur une voiture lancée à toute vitesse vaut son pesant de cacahuètes), une fable initiatique et religieuse (avec un faucon, nommé Allah O Akbar, dans le rôle de la chouette d'Athena), un mélo familial bénéficiant d'un rebondissement (la plupart du temps gros comme une maison) par minute, une comédie burlesque dont l'humour, d'une kolossale finesse, ferait pâlir le plus enragé des comiques cantonais (d'ailleurs on relèvera une séquence évoquant fortement le -magnifique- Pedicab driver de Sammo Hung), un "brûlot" politique dont la naïveté communiste ferait même ricaner Olivier Besancenot en personne, et enfin une rom-com musicale dans la plus pure tradition hindi... Rajoutez à cela certaines grosses scènes catastrophes telles une inondation (causée par la simple ouverture d'un robinet de barrage !) engloutissant une ville entière, et vous comprendrez la nature hautement inrésumable du film.
Nul doute, Coolie est un pur divertissement à l'indienne, coloré, rythmé, naïf, bondissant, populaire. D'ailleurs, le héros (nommé Iqbal, ce qui signifie George Abitbol en indien), campé par le charismatique Amitabh Bacchan, représente l'Inde à lui tout seul: Multiconfessionnel (il est musulman tandis que sa femme est chrétienne et son demi-frère hindouiste), marxiste (de nombreux états indiens tels que le kerala sont dirigés depuis des années par les communistes) et respectueux des valeurs familiales (comme dans toute pelloche bollywood qui se respecte, la mère est sacrée)...Un vrai paradoxe vivant le bonhomme !
Vous aurez donc compris que Coolie, chef d'oeuvre de la pensée musulmano-marxiste, n'est autre que le film culte de ce bon vieux George W Bush. D'ailleurs l'on sait de source sûre que Donald Rumsfeld apprécie particulièrement les armes du héros, une faucille et un marteau (yeah, comme le bad motherfucker de Red is dead !) ainsi que le fameux volatile, mentionné plus haut, portant le nom d'Allah autour du cou...Un oiseau vaillant (et empaillé sur la plupart des plans) n'hésitant pas à affronter un hélicoptère lors d'une séquence mémorable. Mais l'intervention de Dieu ne se résume pas au seul dindon indien, puisque la mère du héros retrouvera la mémoire grâce à l'intervention d'Allah himself (sous la forme d'un éclair bizarroïde gratté sur pellicule), tandis que Iqbal se protègera des balles ennemies grâce à un drapeau marqué des sourates du coran, et cela avant de balancer la vile ordure capitaliste briseuse de familles du haut d'un minaret en hurlant "Allah O Akbar" ! Le héros, blessé à mort (car, finalement, l'étendard pare-balles aurait pu se montrer plus efficace...) sera sauvé par les prières des chrétiens, des hindouistes, des musulmans et des sikhs. Ouf ! Entre temps, Iqbal se sera marié et présenté à des élections (tout de rouge vêtu, of course !), aura retrouvé sa famille, botté le cul de nombreux capitalistes corrompus et marché sur la lune (euh non, j'extrapole un peu là !).
Tornade sur pellicule, le film de Manmohan Desai et Prayag Raj est un spectacle total, généreux, souvent absurde et complètement bis sur les bords (les apparitions de la bestiole et les bastons où l'on saccage l'intégralité du décor en s'envoyant des coups à 20 centimètres de la tronche valent tout l'or du monde !). Un concentré de cinoche populaire à l'état brut rendu irrésistible par ses nombreuses maladresses, un bijou de naïveté où le romantisme le plus inoffensif (voir les séquences musicales d'une inventivité qui fait plaisir à voir) peut côtoyer des accès de violence riche en ketchup que ne renierait pas Chang Cheh (l'amputation à la hache en début de film évoque fortement le cinéma de l'ogre hong-kongais). Enfin, on retiendra une réalisation parfois classe (mais c'est quand même souvent le gros bordel, ne nous voilons pas la face), certaines séquences véritablement émouvantes (Iqbal laissant le vieillard partir à sa place pour la Mecque), une vision de la foi souvent emplie d'humanisme (mis à part quand le héros balance le bad-guy... Faut pas déconner non plus !) et un réalisateur qui fait tout pour impliquer émotionnellement le spectateur (au détour d'un combat, l'écran se gèle pour laisser apparaître un texte nous expliquant que, durant ce plan, Bacchan fut grièvement blessé ...On appelle aussi ça de l'exploitation).
En tout cas, une chose est sûre, on ne s'ennuie pas une seconde face à ce gros fourre-tout aussi improbable qu'attachant qui inspire une évidente sympathie et qu'on regarde avec un sourire grand comme ça pendant près de 3 heures. Bref, pour peu qu'on aime le bis généreux (c'est vraiment l'adjectif qui convient le mieux au film), sautillant et tout sauf fâde, Coolie incarne une certaine idée du bonheur.

 

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Ya pas que Johnnie To dans la vie: Perles du polar HK 3  posté le dimanche 27 juillet 2008 20:34

City cop 2 (qui n'est pas la suite de City cop étant donné que ce dernier n'existe pas) de Herman Yau:

Pur produit Magnum (boîte de production appartenant à l'acteur Danny Lee) aussi efficace qu'archétypal, City cop 2 est un buddy movie d'action (à la tonalité sérieuse, voire tragique sur certaines séquences) mettant en scène 2 flics, dont un gros dur à cuire (Michael Chow) et un autre plus posé -et maladroit- (Parkman Wong), obligés de faire équipe afin de mettre sous les verrous un gang de Chinois qui mettent la région à feu et à sang. Bien que dénué de la moindre originalité, City cop 2 s'avère bien plus réussi que le piteux Asian connection (pour citer une production Magnum répondant à un schéma similaire). Et ce pour la simple raison que près de la moitié du métrage est constituée de scènes d'action énormissimes, rappelant ce qu'on peut voir chez Kirk Wong mais en plus ouvertement spectaculaire. Vous aurez compris que si l'on met de côté cet aspect, City cop 2 s'avère tout de même plus faible qu'un Rock n' roll cop...Je cite ce film en particulier pour la simple raison qu'il partage pas mal de points communs avec le métrage de Herman Yau...Au rayon des similitudes, on retiendra surtout le bad guy (campé par Ben Ng), ordure aussi sadique que baraquée et copie carbone de Yu-Rong Guang dans le chef d'oeuvre du capitaine Kirk.
En ce qui concerne les séquences d'action, il est tout simplement impossible de parler de City cop 2 sans mentionner l'apocalyptique demi-heure finale. Climax d'autant plus mémorable qu'il s'agit ni plus ni moins de la principale influence de Tsui Hark sur son monumental Time and tide...J'en mettrais ma main à couper ! Jugez par vous même: Herman Yau enchaîne coup sur coup une fusillade dans un complexe HLM (avec descentes en rappel à l'appui) et un final montrant l'intervention d'une unité SDU (équivalent hong-kongais du SWAT) dans une salle de spectacle (ici le cinéma remplace la salle de concert). Si l'on y ajoute y un gamin en bas âge menacé par les méchants et un "big boss" dont le sort se joue à la grenade...plus besoin de vous faire un dessin !
Sur le plan de l'action pure, c'est pas loin d'être aussi impressionant que chez Tsui (c'est dire si ça défouraille !) mais la réalisation virtuose et inédite du génie barbichu fait toute la différence. Cependant, la mise en scène crue et nerveuse de Herman Yau se révèle très efficace...On est loin de ses "sympathiques" mais visuellement très pauvres The untold story et Ebola syndrome.
Bien que certaines "subtilités" scénaristiques aient pu m'échapper (la seule édition DVD existante propose une copie -recadrée- en VO non sous-titrée), je peux sans peine affirmer que City cop 2 est un polar d'action certes basique mais dont le côté "actioner" (au détriment du côté polar, guère palpitant) mérite amplement le détour (et une réedition en DVD svp !).

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Ya pas que Johnnie To dans la vie: Perles du polar HK 2  posté le dimanche 27 juillet 2008 20:09

Rock n' roll cop de Kirk Wong:

A l'instar de Black rain de Ridley Scott et de Double détente de Walter hill, Rock n' roll cop nous montre 2 flics de nationalité différente (et que tout oppose) obligés de faire équipe pour arrêter un dangereux criminel: D'un côté on a Anthony Wong dans le rôle du flic Hong-Kongais gouailleur aux attitudes de rock-star (ça + sa passion pour la gratte = le titre du film !), de l'autre on a un flic Chinois rigoureux, plus effacé et droit comme la justice. Via ce schéma classique mais parfaitement exploité, Kirk Wong entreprend son film comme étant une métaphore sur la rétrocession (oui je sais, on emploie cette grille de lecture à tort et à travers...Mais ici c'est le coeur même du film). Contrairement à nombre de films HK, Rock n' roll cop propose une vision optimiste du rapprochement (et de la collaboration) entre "mainlanders" et chinois de Hong-kong. A ce titre la réplique finale adressée au "rock n' roll cop" par le flic chinois ("We cops don't give a shit about politics, We just know how to arrest criminals. After 1997, this border line will be vanished. By them, we won't be pointing our guns at each other anymore."), bien que non dénuée d'une certaine naiveté, est plus qu'éloquente et perdure dans la tête du spectateur une fois le film terminé. Même si ce point de vue relativement atypique dans l'univers du polar HK fait de Rock n' roll cop le volet le plus optimiste de la "trilogie du crime" (les deux autres volets étant Crime story et OCTB), Kirk Wong n'hésite cependant pas à pointer du doigt le caractère expéditif de la justice chinoise...En temoigne cette séquence où le braqueur/ tueur campé par Yu Rong Guang s'exclame "Captain what a different world. This side is so free ! " lorsqu'il passe la frontière afin d'être jugé à Hong Kong.

Au delà de sa portée politique Rock n' roll cop est avant tout un polar hyper tendu, mené tambour battant du début à la fin...A ce titre la première bobine, enchaînant les moments forts sans le moindre temps mort (un meurtre bien sordide, une scène de braquage de banque aussi sèche que brutale etc...), est à marquer d'une pierre blanche. Au rayon des qualités on mentionnera aussi la mise en scène à la fois nerveuse et sophistiquée de Kirk Wong (soutenue par une photo soignée, a mi chemin entre stylisation et réalisme...à l'image du film donc), ainsi que d'excellents personnages: Anthony Wong dont le talent n'est plus à prouver y trouve un de ses meilleurs rôles, Yu Rong Guang campe un braqueur aussi charismatique que profondément pourri (il tue et torture à tout va, juste pour le fun !), mais le plus beau protagoniste est, sans conteste, ce flic chinois déterminé à venger son meilleur ami...Un personnage noble, tragique et pétri d'honneur qui semble tout droit sorti d'un "hero-movie" de John Woo.
D'ailleurs Rock n' roll cop ne cesse d'osciller, avec habileté, entre polar dit "réaliste" (même si on reste loin du réalisme maniaque d'un Full alert par exemple) et mélo-polar type Beyond hypothermia ou A better tomorrow, on citera à ce titre le triangle amoureux développé entre le policier chinois, la petite amie du tueur et (bien sûr) le "bad-guy", romance tragique qui se clôt de la façon le plus poignante et douloureuse qui soit. Les 2 séquences qui concluent cette histoire d'amour (une course poursuite contre la mort suivie d'un instant dont le calme et la plénitude ne parviennent pas à masquer la profonde tristesse) constituent ce que le cinéma de Kirk Wong a livré de plus beau.

Pour finir, venons à la scène d'action finale bourrée d'idées jouissives (un gunfight opposant des gangsters, au sol, à un groupe de flics qui vident leur chargeurs en sautant d'un pont), parvenant à dépasser le cadre du polar "réaliste" sans sombrer une seule fois dans le ridicule (contrairement au très bon OCTB où les quelques écarts sonnaient comme des fautes de goût)...Cette inventivité est relayée par quelques accès de barbarie n'étants pas sans rappeler le final du Beast cops de Gordon Chan et Dante Lam (la machette n'y est pas pour rien !)...Dommage cependant que la version (anciennement) disponible soit une version coupée, certains plans gores passent à la trappe et ça se voit !
Je m'arrête là mais je pourrais encore continuer a vanter les mérites de ce film étonnamment riche, dense (Rock n' roll cop est tour à tour un polar carré, une love-story tragique, une métaphore politique, un film d'action barbare, etc...) et dont le style, en équilibre entre différentes tendances du polar HK, en fait une oeuvre somme et, sans hésitation, le meilleur volet de la divine "trilogie" de Kirk Wong.

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