Le monstre sacré du cinéma coréen: The host.  posté le mardi 17 mars 2009 08:59

Blog de sanju :L'antre du Gyonshi sauteur., Le monstre sacré du cinéma coréen: The host.

Ne voulant pas passer pour un vieil aigri (les trois précédents articles n’étaient pas des plus enthousiastes !), je vais cette fois ci laisser un petit avis sur un film que j’affectionne tout particulièrement. Il s’agit de The host, véritable monument du cinéma fantastique contemporain.

N'y allons pas par 4 chemins, The host s’est imposé dès sa sortie comme une nouvelle référence du film de monstre en nous proposant, entre autres, un gloumoute parmi les plus beaux vus sur un écran. Soutenues par une animation incroyable (le plan où le monstre se retourne sur lui même afin de chopper la fillette ! ), de purs moments de tension et une réalisation dont la virtuosité discrète –et toujours au service du récit- évoque à plus d’un titre le cinéma de Steven Spielberg, les (nombreuses) apparitions de la bête s'imposent comme de pures scènes d'anthologie et, sans hésitation possible, les morceaux de cinoche les plus excitants vus en 2006 (pourtant riche en morceaux de choix tels que Fearless, Miami Vice, Les fils de l’homme, Munich, Le labyrinthe de Pan, Black book ou Arrivederci amore ciao). Que dire de la première apparition de la bestiole (notez la variété de termes employés pour designer notre grosse poiscaille !) si ce n'est qu'elle parvient même à surpasser en termes de mise en scène l'attaque des Gyaos sur Shibuya dans le Gamera 3, Revenge of Iris de Kaneko, c'est dire si ça débourre ! Aussi, comment ne pas être conquis face à cette inventivité de chaque instant, ce fourmillement d'idées qui prend souvent forme via une multitude de petits détails bien sentis comme, par exemple, la créature -née de la pollution- qui s'enfile, avec délectation (comme s'il s'agissait d'une friandise), le contenu du jerricane d'essence dans le gosier lorsque le clochard l'asperge afin de la faire cramer. Je le répète à nouveau, The host, c'est du bonheur en barre pour tout amateur de films de streums ! Et ce malgré une poignée de CGI de facture plutôt moyenne durant le final (je pense en particulier au gloumoute en feu)...Ne chipotons pas, dans l'ensemble les gars de The orphanage ont vraiment fait un boulot...monstre !
Mais The host ne se contente pas d'être un putain de film de GROS monstre que l'on rangera sans sourcilier aux côtés de Godzilla (celui de Honda pour les 2 du fond !), King Kong (version 1933 et 2005... Guillermin ? Connais pas !), Jaws ou Revenge of Iris, si, si je vous assure... Le métrage de Bong Joon-Ho se présente aussi comme un véritable "rollercoaster émotionnel" (paye ton expression galvaudée !) qui, par ses incessantes ruptures de ton, (comme dans la vraie vie dira t'on vite fait) implique le spectateur comme rarement et nous fait aimer cette famille "tuyau de poêle", ces losers magnifiques aussi attachants que drôles. Dans The host, le comique et le tragique se lient de façon miraculeuse, imprévisible et sans cesse surprenante. A ce titre la scène qui suit la disparition de la petite fille fait mon(s)tre d'une maîtrise impressionnante dans l'enchevêtrement rires/larmes. Loin d'être une simple bouffonnerie, cette séquence d'hystérie collective se révèle finalement poignante, l'humour n'est pas là pour nous faire sortir de ce qui se déroule à l'écran (et regarder tout ça de haut dans une attitude que l'on qualifiera de cynique) mais au contraire pour nous impliquer d'avantage. Rire pour s'empêcher de pleurer en quelque sorte.
Ce portrait de famille va de paire avec la charge politique menée par Bong puisque le film nous montre un petit groupe de personnages (qui semblent, à priori, complètement à la masse) faisant preuve de solidarité, d'altruisme et de dépassement de soi (en ce qui concerne le père de famille il s'agit d'une véritable quête initiatique) dans un pays bouffé par l'individualisme forcené et la soumission aux puissants. Plus que les USA (qui en prennent quand même pour leur grade), Bong Joon-Ho dénonce surtout l'attitude servile de la Corée vis à vis de ces derniers.
En résumé je dirais juste que The host est une réussite totale, un "monster movie" tendu et jouissif qui parvient à nous fait rire, pleurer, trembler et réfléchir sans qu'a aucun moment les différents aspects ne s'annihilent mutuellement comme ça aurait pu être le cas...Bref, un idéal de "blockbuster" fun et intelligent aussi audacieux qu'habile dans son approche particulière de différents genres.

L’ayant revu un nombre incalculable de fois depuis sa sortie en salles, je peux l’affirmer haut et fort, The host est LE chef d’œuvre du « nouveau cinéma Coréen » et, probablement, un des plus beaux films sortis ces 10 dernières années.

Vivement le prochain film de Bong Joon-Ho (déjà responsable de Memories of murder… Le meilleur « sérial thriller » depuis Se7en ) !

 

 

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Sur ce, je vais me rematter Peking Opera Blues...  posté le lundi 16 mars 2009 12:55

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Il faut bien l’admettre, le dernier Tsui Hark est une nouvelle déception même s’il se révèle plus encourageant que son échec précédent (Missing ou la rencontre entre un mauvais drama torché à la DV et un sous frères Pang/ sous Takashi Shimizu).
Le plus gênant est sans nul doute le partis pris cynique, à la base même du scénario, dont Tsui Hark ne parvient pas à se dépêtrer (l'histoire s'articule autour d'une jeune chercheuse ayant inventé des patch de phéromones afin d'attirer les personnes de sexe opposé). Le film, se voulant féministe (ce qui est guère étonnant quand on connait la filmo de Tsui Sifu), fait même preuve d'une étonnante complaisance cynique envers ses personnages féminins... Difficile de trouver plus maladroit !
En plus d’être basé sur un pitch hautement casse gueule (ou foireux, c’est au choix) et fort mal exploité (les incohérences sont légion), le scénario de All about women est surtout un bordel sans nom auquel Tsui ne parvient jamais à donner un véritable sens. En cela on est loin de The blade, Time and tide ou Legend of Zu où l'impression de chaos (maîtrisé) qui s'en dégageait était justifiée car au centre même de la thématique de ces films. Ici l’aspect totalement foutraque et décousu de la narration paraît injustifié, en résulte un récit bourré de personnages souvent indiscernables (faute à une caractérisation à la fois insuffisante et incohérente) et, finalement, assez peu attachants (un comble pour une comédie romantique !), sans oublier de nombreuses digressions inutiles (la fille qui se paralyse dès qu’un homme la touche…Oui, comme dans Black Mask 2 ! D’ailleurs ça se révèle tout aussi gratuit que dans son film de catcheurs mutants même si cela nous vaut, en début de métrage, une séquence de danse burlesque plutôt bien découpée). Au rayon des -nombreux- défauts qui parasitent All about women on passera vite fait sur l’humour parfois limite beauf (on est bien loin d’un Shanghai blues !) pour se pencher sur son rythme très inégal. Le film, présentant ses différents personnages sous la forme d'un montage parallèle assez vif car dynamisé par quelques idées de mise en scène plutôt bienvenues (en particulier les transitions d'un personnage à l'autre), démarre sur les chapeaux de roue pour ensuite stagner et étirer plus que de raison les séquences occupant toute la deuxième partie du métrage. Même si tout n'est pas à jeter, la scène de la vente aux enchères ainsi que le looooong climax se déroulant durant un concert de pop/punk semblent s'éterniser et deviennent, par conséquent, plutôt pénibles. Dommage car le film, contrairement au précédent échec du maître, possède quelques qualités dont une véritable inventivité formelle soutenue par une photo colorée aux teintes pastel agréables à l'œil, ainsi que des cadres souvent bien composés (ça change de Missing...Sur ce, j'arrête de m'acharner, promis !).
Bien que cette vaste bouffonnerie ne raconte finalement pas grand chose, Hark semble s'amuser derrière sa caméra et nous balance tout un tas d'effets visuels rendant le métrage, fort heureusement, un minimum ludique (à défaut d'être vraiment drôle). Certaines de ces "expérimentations" semblent sortir tout droit de Time and tide, mais contrairement au film précédemment cité, il serait vain de chercher ici un sens dans la plupart de ces coquetteries graphiques dont l'unique but semble être d'amplifier le caractère résolument bouffon de ce qui se déroule à l'écran... On a même droit à un plan en CGI où la caméra rentre dans une canette de binouze en plein vol, laquelle (la canette, pas la caméra) finira sa trajectoire en s'éclatant sur le visage d'une des trois héroïnes du film.
De temps à autre, Tsui Hark parvient même à livrer quelques rares séquences inspirées: On mentionnera un très court combat de boxe où intervient, sous la forme d'un dessin animé, le célèbre corbeau de Tsukasa Hojo, ainsi que l'arrivée -spectaculaire- d'une buisness woman diablement sexy (Kitty Zhang) dans ses locaux, Laquelle déclenche, involontairement, un véritable chaos parmi ses employés de sexe masculin. Pour finir, il y'a aussi cette limousine fonçant à toute allure sur des dizaines d'hommes (en tenue de mariés) qui voltigent et s'écrasent sur la voiture lors une séquence renvoyant aux délires cartoonesques de Stephen Chow (en moins réussi cependant).

En résumé, le dernier film de Tsui Hark est loin des chefs d'œuvre (Shanghai blues et Peking opera blues) dont il se voudrait une version "moderne" et s'avère très mineur dans la filmographie du maître de HK qui, pourtant, fait preuve d'une expressivité visuelle pas toujours justifiée et, par moments, maladroite (l'utilisation de CGI's d'un autre âge) mais finalement assez encourageante compte tenu de son précédent métrage. Espérons que pour la prochaine fois, Tsui Hark ait un sujet à la hauteur de ses ambitions (si le Juge Ti avec Andy Lau se confirme, on en doute pas !).

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Le dernier film d'un réalisateur visionnaire...  posté le samedi 07 mars 2009 11:39

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Déja vendu comme le Citizen Kane du film de super héros (mouarf), ou comme un vrai film de justiciers masqués "adulte" (bé wé on voit le zboub de Doc Manhattan et quelques litres de ketchup en CGI... re-mouarf !), le dernier opus de Zack Snyder (celui qui transforme les spartiates de Miller en boy scouts !) est à la fois un très mauvais film et une adaptation déplorable... La version "canada dry" du chef d'œuvre d'Alan Moore en quelque sorte. Snyder, ce "visionnaire", ne garde que le squelette du récit de Moore et vire tout ce qui apportait de la vie, de l'humanité et de la profondeur (il faut voir à quel point il rend quasiment anecdotique un passage aussi fort et important que le dialogue entre Laurie et le comédien). Alors que le comics se posait comme une véritable œuvre univers brassant et développant une nombre incroyable de thèmes inhérents à l'Histoire, la philosophie et la culture du XXeme siècle, le film parait tout étriqué et sans grande ampleur. J'avais vraiment l'impression de matter une bande annonce (super chiante) de 2h40 ! Cette impression est renforcée par le fait que les personnages, bénéficiant à l'origine d'une vraie richesse d'écriture, sont ici réduits à leur plus simple fonction. Ce traitement bien trop synthétique ôte tout affect et rend certaines storylines carrément grotesques. En plus du traitement scénaristique bien foirasse, Snyder enfonce définitivement son métrage par la médiocrité de sa mise en scène. Les séquences de baston (Le comédien qui fait du kung-fu, Hibou et Spectre soyeux qui déciment du blouson noir dans une avalanche d'effets gores et de bras cassés façon Steven Seagal... Nan mais n'importe quoi !), souvent gratuites, sont quasi intégralement torchées au ralenti et ressemblent à de mauvaises pubs pour eau de toilette. Sans les effets gores (totalement gratuits et limite z dans l'esprit), les scènes d'action s'apparentent presque à du Yimou en petite forme... C'est dire si c'est chiant ! D'ailleurs, les quelques instantanés "boucherie-charcuterie" trahissent, à mon avis, la totale incapacité qu'a le réalisateur à retranscrire la violence insidieuse du comics de Moore, cette ambiance glauque de décrépitude urbaine qui est juste à 100 lieues de l'aspect super lisse, synthéthique et clean de l'esthétique Snyder. Comme il n'arrive pas à poser une atmosphère un minimum organique et dérangeante, il nous balance des kilos de barbaque en CGI à la gueule. Bravo Zack, toujours dans la finesse ! Bon après, en ce qui concerne la façon de filmer les scènes plus "calmes" on reste dans le gros pompier (à base de lents travellings avants au ralenti...D'ailleurs Snyder ne sait faire que ça, y'a quasiment pas d'autre idée visuelle dans son film) sous fond de musique pompeuse. Bref, le bonhomme semble se vouloir se la jouer Kubrick (alors qu'il n'a même pas le talent d'un Bay) et livre un truc informe, bouffi de prétention et toujours a côté de la plaque (les choix musicaux, argh! Non mais quelle idée d'utiliser La chevauchée des Valkyries durant les scènes au vietnam, ça parait totalement déplacé quand on connaît la signification de ce morceau dans le comic book de Moore !). Bon, comme je n'ai pas trop le temps, je vais arrêter de plomber le bouzin (et pourtant j'ai encore pas mal de trucs à dire !)... Je mentionnerais le casting globalement à la ramasse (Ozymandias n'est pas crédible une seconde), la direction artistique cheapo-kitsch, et surtout le fait que la narration est bourrée de longues digressions et saute sans cesse du coq à l'âne. Par conséquent, le film ne possède aucun rythme... L'impression qui en ressort est celle que Snyder, en gros bourrin qu'il est, ne s'est jamais posé la question de comment adapter la structure si particulière (et très littéraire) du comics de façon cinématographique... Résultat c'est archi mou !

Pour terminer: Comment ne pas mentionner LA scène d'amour entre Frank Dreb... Euh pardon, je voulais dire Le Hibou et Spectre soyeux, véritable moment de bravoure (et régal pour les zygomatiques) qui évoque à la fois Team america et Y'a t'il un flic pour sauver le président ? (le plan qui conclue cette scène couplé à l'utilisation totalement déplacée du Hallelujah de Léonard Cohen rendent ce passage instantanément KVLT !!!)...Le problème c'est que ce n'est pas sensé être drôle. En résumé, Watchmen c'est du Snyder pur jus, c'est a dire de la pose visuelle branchouille, un degré de compréhension de l'œuvre d'origine digne d'un bigorneau et la subtilité d'une division Panzer.

Petite question aux quelques lecteurs du blog: D'après vous quel sera le prochain chef d'oeuvre de la BD américaine à passer à la moulinette Snyder ? Les paris sont ouverts !

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Martyr sur mon doigt !  posté le jeudi 04 septembre 2008 08:48

Blog de sanju :L'antre du Gyonshi sauteur., Martyr sur mon doigt !

Attention spoilers !

Il y'a quelques semaines, sur le forum de la revue Mad Movies, Rafik Djoumi disait:

"Maintenant, il faut reconnaître qu'il y a une thématique derrière tout ça. Il y a un sujet... enfin plutôt je crois un "wiki-sujet" né de quelques clics de souris."

 Je me suis fait exactement la même réflexion lorsqu' intervient la fameuse citation "Kubricko-Dreyerienne" et le carton final (j'ai aussi pouffé de rire en me disant "Punaise une demi heure de patator le roi de la patate pour ça ?!!!". En plus de ça, le propos est quand même un peu naïf et neu-neu (ça fait un peu délire d'ado gogoth, non ?).

Bref, la réflexion pseudo métaphysique ne va plus loin que le bout de son nez (je dirais même que ça fait "gadget"). Par conséquent, elle se révèle aussi creuse que prétentieuse et conclut le film sur une impression très négative... Dommage car la première moitié du métrage est plutôt réussie. Hormis la séquence de dialogue introduisant la "famille ricoré", les vingt premières minutes de Martyrs font preuve d'une véritable efficacité. La mise en scène, sèche et inspirée (d'ailleurs la photo aux teintes blanches/métalliques évoque pas mal l'excellent Ténèbres de Dario Argento, impression renforcée par quelques thèmes musicaux énervés rappelant l'œuvre des Goblins), souligne très bien la brutalité de ce qui se déroule sous nos yeux tout en se permettant quelques envolées graphiques qui ne font jamais tâche avec le reste (je pense en particulier aux très "Bloody Birdiennes" plumes du matelas qui voltigent dans la chambre ainsi qu'a ces centaines d'oiseaux s'envolant simultanément lorsque retentit un coup de feu). Au rayon des qualités, on signalera aussi l'interprétation habitée de Jampanaoï et, surtout, Allaoui (le reste du casting est nettement moins convaincant...Mais bon ça passe, on ne les voit pas trop et le film n'est pas des plus bavards), ainsi qu'un montage jouant assez habilement avec les différentes perceptions et temporalités (à ce titre, le flash back se concluant par Lucie adressant un "pardonne moi" à la créature est peut être la meilleure séquence du film... Du moins une des seules ayant réussi à un temps soit peu m'émouvoir). Après, les séquences d'attaque de "la créature" (qui sort tout droit d'un film de Balaguero) fonctionnent pas trop mal même si, a mon avis, elles n'égalent pas les gros morceaux de tension et de panique livrés par le cinéaste espagnol.

...Pour l'instant je ne parle que de la première moitié du film car dire qu'ensuite ça se gâte relève du doux euphémisme.

A partir du moment où Lucie se tranche la gorge, le film jusqu'ici brutal mais jamais trop complaisant vire au "torture porn" interminable (et visuellement nettement moins inspiré) ne véhiculant que deux sentiments: Le dégoût (lors de la scène dite des clous dans le crâne) et surtout l'ennui (durant tout le reste). Passée une séquence hyper didactique durant laquelle la "méchante" nous fait un petit cours sur les martyrs, Laugier se lance, pendant une demi heure (peut être un peu moins mais bon sang, que ça semble long !), dans un remake hardcore de la scène des baffes de Mon nom est personne (nan, je ne suis pas de mauvaise foi !). Bref, pendant que la jolie (qui ne va pas le rester longtemps) Anna se prenait des tartes en pleine poire, mon esprit divaguait, oubliant presque que j'étais au cinoche entrain de mater un morceau de pelloche... Et quand je tentais à nouveau de me concentrer sur le film, devinez quoi ? La petite Allaoui était encore entrain de se bouffer des patates ! Finalement, au bout de 354 torgnolles (y'en a surement plus, mais j'ai arrêté de compter là), Laugier réveille son public par une ellipse plutôt habile suivie d'un plan nous montrant l'héroïne écorchée vive...Et là, la seule chose qui m'est passée par la tête est: "Fichtre, il avait quand même un talent fou ce Lestang...Paix à son âme". Pour conclure son Guinea pig meets Bud Spencer, Laugier tente de justifier sa longue séquence de torture (qui n'est absolument pas gratuite, maaais non !) par une petite pichenette métaphysique type Kubrick revu et corrigé par Kévina, 13 ans fan de Tokio Hotel et Mylène Farmer (pas taper !) ...Et sabote définitivement un métrage qui, pourtant partait sur de bonnes bases...Snif !

...C'est donc ça le film qui révolutionne le cinéma d'horreur francophone ? Mmouais, Haute tension et (surtout) Clavaire ont encore de beaux jours devant eux... D'ailleurs l'aspect "love story poignante" que certains critiques (que je respecte) ont trouvé à Martyrs me semble bien plus probant dans le film de Du Welz (et même dans celui d'Aja tant qu'on y est...).

(Soit il faut que je me rachète des yeux, soit j'ai la sensibilité d'un bûcheron pété à la vodka mais, mis a part quelques amorces jamais réellement exploitées, je n'ai rien vu de tout ça dans Martyrs).

En fait le véritable problème du film de Laugier est que le statut de "victime" est nettement mieux traité, narrativement et visuellement parlant, que celui de "Martyr", ce qui, avouons le, pose un tantinet problème lorsque le métrage s'intitule...Martyrs !

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Ode à Patriiiiick Tam: Final Victory  posté le lundi 28 juillet 2008 20:50

Ayant grandis ensemble dans un orphelinat Bo (Tsui Hark) et Hung (Eric Tsang) se considèrent comme étant frères. Cependant Hung, timide et effacé, ne parvient pas à s'émanciper de Bo devenu gangster. Obligé de faire de la prison, Bo demande à son "frère" de s'occuper de ses deux petites amies. La situation se complique quand Hung tombe amoureux d'une d'entre elle (Loletta Lee) et que les deux femmes se rencontrent...

Mentor du mondialement célèbre Wong Kar-Wai et membre de la nouvelle vague hong-kongaise (auprès de Tsui Hark, Ann Hui, Kirk Wong, etc...), Patrick Tam est un grand cinéaste, helàs, oublié voir ignoré. Il faut avouer que mis à part une poignée de métrages dont The sword (superbe remise en question du wu xia-pian "héroique"), My heart is that eternal rose (un des meilleurs "heroïc bloodshed" jamais trournés) et désormais Final victory, nombre de ses films sont quasiment introuvables: On citera, à titre d'exemple, Love massacre, son giallo "argentoïen", qui a completement disparu de la circulation (certains chanceux le possèdent en VHS...Helàs, je n'en fait pas partie !). Mais parions que le succès critique de son récent After this our exile (le bonhomme, devenu entre temps professeur de cinéma à Kuala Lumpur, n'avait pas réalisé de film depuis plus de 17 ans) permettra de nous faire découvrir le reste de sa filmo...Ce qui semble bien parti étant donné la sortie il y'a quelques mois, en DVD zone 3, de My heart is that eternal rose ainsi que du film qui nous intérésse, c'est à dire Final victory.
Comédie dramatique très légèrement mâtinée de polar, Final victory se démarque par son esthétique arty faite de cadrages originaux et d'éclairages bigarrés. Bien qu'il puisse paraitre un poil daté (on est en plein dans les 80's...Personellement ça ne me dérange pas du tout), ce visuel extrêmement travaillé montre à quel point le style de Wong Kar-Wai doit énormément à celui de Patrick Tam: Vignettes icôniques et figées, fetichisme de l'objet (cigarette, chapeau vert porté par Tsui Hark, intérieurs "pop" magnifiés, etc...), on retrouve une grande partie de ce qui fera le charme de l'esthétique "Wongienne". Au rayon des similitudes on signalera l'utilisation d'une chanson pop (ici un morceau de canto pop inconnu en occident) comme gimmick récurrent soulignant la poignante love story entre Hung (Eric Tsang) et Mimi (Loletta Lee). Leitmotiv que l'on retrouvera dans As tears go by (avec la version cantonnaise de Take my breathe away) ou ChungKing express (California dreamin'). L'influence de Patrick Tam sur Wong Kar-Wai se ressent aussi dans ces moments de poésie en apesanteur, comme situés hors du temps. En témoigne cette séquence magnifique où le timide Hung, assis dans une décapotable filant à toute allure (enfin, une bagnole dont le toit vient d'être arraché), sauve la vie de la bien nommée Mimi (encerclée par des malfrats) en la saisissant par la taille afin de la faire monter dans la voiture. Difficile de ne pas être ému en voyant cet homme ayant perdu toute confiance en lui (Hung a toujours évolué dans l'ombre de Bo, son "frère" tout puissant) s'improviser "héros" le temps d'une poignée de secondes pour protéger la femme qu'il aime...Dit comme ça, cette séquence peut paraître on ne peut plus banale mais la caméra de Patrick Tam en fait un véritable moment de grâce cinématographique n'ayant rien à envier à la scène du baiser volé dans My heart is that eternal rose.
Le scénario, signé Wong Kar-Wai (il s'agit du dernier volet d'une série de scripts baptisés Trilogie de la mafia dont le premier fut utilisé pour As tears go by ), propose une intrigue plus "construite" et linéaire que sur ChungKing express ou Fallen angels même si, par moments, on retrouve cette narration impressionniste constituée d'une accumulation de petits moments décalés, poétiques ou mélancoliques reliés de façon plus ou moins ténue. Final victory oscille sans cesse entre scènes dramatiques bourrées d'émotion (voir les deux conclusions poignantes et dénuées de pathos) et passages burlesques ou vaudevillesques typiquement hong-kongais (on citera, entre autres, la série de braquages de banque avortés). Une des nombreuses qualités de ce Final victory est sans conteste sa gallerie de personnages véritablement attachants soutenus par une interprétation de haut niveau. La palme revient, bien sûr à Eric Tsang drôle et touchant dans son rôle de clown triste n'osant avouer son amour à Mimi, la maîtresse de son" frère", par peur des représailles de ce dernier. On signalera aussi une très bonne prestation du génie Tsui Hark dans un rôle de petit caid (costard blanc, chemise déboutonnée chaîne en or, la totale !) monté sur piles. Bien que très expressif, son jeu diffère des pitreries (plutôt drôles au demeurant) auxquelles il nous avait habitué dans Roboforce ou Police assassins...décidemment ce type sait tout faire !
En résumé, une comédie dramatique au visuel expressionniste très soigné, bénéficiant d'excellents personnages (interpétés avec talent) et s'achevant par un final sobre et touchant qui nous laisse une grosse boule dans la gorge. Bien que réalisé par Patrick Tam , Final victory est vivement conseillé aux amateurs de Wong Kar-Wai...Surtout ceux qui, lassés de ses derniers métrages froids et redondants, retrouveront, sans aucun doute, la fraîcheur et l'énergie qui caractérisent ses plus beaux films.

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